Les roses

L’air était pur, la nuit régnait sans voiles ;Elle riait du dépit de l’amour :Il aime l’ombre, et le feu des étoiles,En scintillant, formait un nouveau jour. Tout s’y trompait. L’oiseau, dans le bocage,Prenait minuit pour l’heure des concerts ;Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,Plus mollement le portaient dans les airs. Tandis qu’aux champs […]

Les éclairs

Orages de l’amour, nobles et hauts orages,Pleins de nids gémissants blessés sous les ombrages,Pleins de fleurs, pleins d’oiseaux perdus, mais dans les cieux,Qui vous perd ne voit plus, éclairs délicieux !

Les deux amitiés

Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.L’une ressemble à l’imprudence ;Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,C’est une enfant qui rit toujours.Bruyante, naïve, légère,Elle éclate en transports joyeux.Aux préjugés du monde indocile, étrangère,Elle confond les rangs et folâtre avec eux.L’instinct du coeur est sa science,Et son guide est la confiance.L’enfance ne sait […]

Les cloches et les larmes

Sur la terre où sonne l’heure,Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure. L’orgue sous le sombre arceau,Le pauvre offrant sa neuvaine,Le prisonnier dans sa chaîneEt l’enfant dans son berceau ; Sur la terre où sonne l’heure,Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure. La cloche pleure le jourQui va mourir sur l’église,Et […]

Les cloches du soir

Quand les cloches du soir, dans leur lente voléeFeront descendre l’heure au fond de la vallée,Si tu n’as pas d’amis ni d’amours près de toi,Pense à moi ! Pense à moi ! Car les cloches du soir avec leur voix sonoreA ton coeur solitaire iront parler encore,Et l’air fera vibrer ces mots autour de toi […]

L’entrevue au ruisseau

L’eau nous sépare, écoute bien :Si tu fais un pas, tu n’as rien. Voici ma plus belle ceinture,Elle embaume encor de mes fleurs.Prends les parfums et les couleurs,Prends tout… je m’en vais sans parure. L’eau nous sépare, écoute bien :Si tu fais un pas, tu n’as rien. Sais-tu pourquoi je viens moi-mêmeJeter mon ruban sur […]

L’enfant au miroir

(A Mlle Emilie Bascans) Si j’étais assez grande,Je voudrais voirL’effet de ma guirlandeDans le miroir.En montant sur la chaise,Je l’atteindrais ;Mais sans aide et sans aise,Je tomberais. La dame plus heureuse,Sans faire un pas,Sans quitter sa causeuse,De haut en bas,Dans une glace claire,Comme au hasard,Pour apprendre à se plaireJette un regard. Ah ! c’est bien […]

L’église d’Arona

On est moins seul au fond d’une église déserte :De son père inquiet c’est la porte entr’ouverte ;Lui qui bénit l’enfant, même après son départ,Lui, qui ne dit jamais : “N’entrez plus, c’est trop tard !” Moi, j’ai tardé, seigneur, j’ai fui votre colère,Comme l’enfant qui tremble à la voix de son père,Se dérobe au […]

L’églantine

Églantine ! Humble fleur, comme moi solitaire,Ne crains pas que sur toi j’ose étendre ma main.Sans en être arrachée orne un moment la terre,Et comme un doux rayon console mon chemin.Quand les tièdes zéphirs s’endorment sous l’ombrage,Quand le jour fatigué ferme ses yeux brûlants,Quand l’ombre se répand et brunit le feuillage,Par ton souffle, vers toi, […]

Le ver luisant

Juin parfumait la nuit, et la nuit transparenteN’était qu’un voile frais étendu sur les fleurs :L’insecte lumineux, comme une flamme errante,Jetait avec orgueil ses mobiles lueurs. “J’éclaire tout, dit-il, et jamais la NatureN’a versé tant d’éclat sur une créature !Tous ces vers roturiers qui rampent au grand jour,Celui qui dans la soie enveloppe sa vie,Cette […]

Le souvenir

Ô délire d’une heure auprès de lui passée,Reste dans ma pensée !Par toi tout le bonheur que m’offre l’avenirEst dans mon souvenir. Je ne m’expose plus à le voir, à l’entendre,Je n’ose plus l’attendre,Et si je puis encor supporter l’avenir,C’est par le souvenir. Le temps ne viendra pas pour guérir ma souffrance,Je n’ai plus d’espérance […]

Le soir

Seule avec toi dans ce bocage sombre ?Qu’y ferions-nous ? à peine on peut s’y voir.Nous sommes bien ! Peux-tu désirer l’ombre ?Pour se perdre des yeux c’est bien assez du soir !Auprès de toi j’adore la lumière,Et quand tes doux regards ne brillent plus sur moi,Dès que la nuit a voilé ta chaumière,Je me […]

Le secret

Dans la foule, Olivier, ne viens plus me surprendre ;Sois là, mais sans parler, tâche de me l’apprendre :Ta voix a des accents qui me font tressaillir !Ne montre pas l’amour que je ne puis te rendre,D’autres yeux que les tiens me regardent rougir. Se chercher, s’entrevoir, n’est-ce pas tout se dire ?Ne me demande […]

Le rossignol aveugle

Pauvre exilé de l’air ! Sans ailes, sans lumière,Oh ! Comme on t’a fait malheureux !Quelle ombre impénétrable inonde ta paupière !Quel deuil est étendu sur tes chants douloureux !Innocent Bélisaire ! Une empreinte brûlanteDu jour sur ta prunelle a séché les couleurs,Et ta mémoire y roule incessamment des pleurs,Et tu ne sais pourquoi Dieu […]

Le réveil

Sur ce lit de roseaux puis-je dormir encore ?Je sens l’air embaumé courir autour de toi ;Ta bouche est une fleur dont le parfum dévore :Approche, ô mon trésor, et ne brûle que moi.Éveille, éveille-toi ! Mais ce souffle d’amour, ce baiser que j’envie,Sur tes lèvres encor je n’ose le ravir ;Accordé par ton coeur, […]

Le rendez-vous

Il m’attend ! Je ne sais quelle mélancolieAu trouble de l’amour se mêle en cet instant ;Mon coeur s’est arrêté sous ma main affaiblie ;L’heure sonne au hameau ; je l’écoute… et pourtantIl m’attend ! Il m’attend ! D’où vient donc que dans ma chevelureJe ne puis enlacer les fleurs qu’il aime tant ?J’ai commencé […]

Le premier amour

Vous souvient-il de cette jeune amie,Au regard tendre, au maintien sage et doux ?À peine, hélas ! Au printemps de sa vie,Son coeur sentit qu’il était fait pour vous. Point de serment, point de vaine promesse :Si jeune encore, on ne les connaît pas ;Son âme pure aimait avec ivresseEt se livrait sans honte et […]

Le portrait

Riant portrait, tourment de mon désir,Muet amour, si loin de ton modèle !Ombre imparfaite du plaisir,Tu seras pourtant plus fidèle.De ta gaîté je me plains aujourd’hui ;Mais si jamais il cesse de m’entendre,À toi je me plaindrai de lui,Et tu me paraîtras plus tendre. Si tu n’as pas, pour aller à mon coeur,Son oeil brûlant […]

Le pardon

Je me meurs, je succombe au destin qui m’accable.De ce dernier moment veux-tu charmer l’horreur ?Viens encore une fois presser ta main coupableSur mon coeur. Quand il aura cessé de brûler et d’attendre,Tu ne sentiras pas de remords superflus ;Mais tu diras : ” Ce coeur, qui pour moi fut si tendre,N’aime plus. “ Vois […]

Le papillon malade

Apologue Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,Un papillon dans sa vieillesse(Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)Voyait d’un oeil chagrin la tendre hardiesseDes amants nouveau-nés, dont le rapide essorEffleurait les boutons qu’humectait la rosée.Soulevant un matin le débile ressortDe son aile à demi-brisée : ” Tout a changé, dit-il, tout se […]

Le nid solitaire

Va, mon âme, au-dessus de la foule qui passe,Ainsi qu’un libre oiseau te baigner dans l’espace.Va voir ! et ne reviens qu’après avoir touchéLe rêve… mon beau rêve à la terre caché. Moi, je veux du silence, il y va de ma vie ;Et je m’enferme où rien, plus rien ne m’a suivie ;Et de […]

Le Luxembourg

À Béranger. Jardin si beau devenu sombre,Tes fleurs attristent ma raison,Qui, semblable au ramier dans l’ombre,S’abat au toit de ta prison.Mais à rêver j’ai passé l’heure ;Vous qui nous épiez d’en bas,Ce n’est qu’un pauvre oiseau qui pleure :Sentinelle ! Ne tirez pas ! Au pied des barreaux formidablesQui voilent des parents perdus,Comme en des […]

Le grillon

Triste à ma cellule,Quand la nuit s’abat,Je n’ai de penduleQue mon coeur qui bat ;Si l’ombre changeanteNoircit mon séjour,Quelque atome chante,Qui m’apprend le jour. Dans ma cheminée,Un grillon ferventFaisant sa tournéeJette un cri vivant :C’est à moi qu’il livreSon fin carillon,Tout charmé de vivreEt d’être grillon. La bonté du maîtreSe glisse en tout lieu ;Son […]

Le dernier rendez-vous

Mon seul amour ! embrasse-moi.Si la mort me veut avant toi,Je bénis Dieu ; tu m’as aimée !Ce doux hymen eut peu d’instants :Tu vois ; les fleurs n’ont qu’un printemps,Et la rose meurt embaumée.Mais quand, sous tes pieds renfermée,Tu viendras me parler tout bas,Crains-tu que je n’entende pas ? Je t’entendrai, mon seul amour […]

Le coucher d’un petit garçon

Couchez-vous, petit Paul ! Il pleut. C’est nuit : c’est l’heure.Les loups sont au rempart. Le chien vient d’aboyer.La cloche a dit : “Dormez !” et l’ange gardien pleure,Quand les enfants si tard font du bruit au foyer. “Je ne veux pas toujours aller dormir ; et j’aimeA faire étinceler mon sabre au feu du […]

Le bouquet sous la croix

D’où vient-il ce bouquet oublié sur la pierre ?Dans l’ombre, humide encor de rosée, ou de pleurs,Ce soir, est-il tombé des mains de la prière ?Un enfant du village a-t-il perdu ces fleurs ? Ce soir, fut-il laissé par quelque âme pensiveSous la croix où s’arrête un pauvre voyageur ?Est-ce d’un fils errant la mémoire […]

Le beau jour

J’eus en ma vie un si beau jour,Qu’il éclaire encore mon âme.Sur mes nuits il répand sa flamme ;Il était tout brillant d’amour,Ce jour plus beau qu’un autre jour ;Partout, je lui donne un sourire,Mêlé de joie et de langueur ;C’est encor lui que je respire,C’est l’air pur qui nourrit mon coeur. Ah ! que […]

L’attente

Quand je ne te vois pas, le temps m’accable, et l’heureA je ne sais quel poids impossible à porter :Je sens languir mon coeur, qui cherche à me quitter ;Et ma tête se penche, et je souffre et je pleure. Quand ta voix saisissante atteint mon souvenir,Je tressaille, j’écoute… et j’espère immobile ;Et l’on dirait […]

L’Amour

Vous demandez si l’amour rend heureuse ;Il le promet, croyez-le, fût-ce un jour.Ah ! pour un jour d’existence amoureuse,Qui ne mourrait ? la vie est dans l’amour. Quand je vivais tendre et craintive amante,Avec ses feux je peignais ses douleurs :Sur son portrait j’ai versé tant de pleurs,Que cette image en paraît moins charmante. Si […]

L’ami d’enfance

Un ami me parlait et me regardait vivre :Alors, c’était mourir… mon jeune âge était ivreDe l’orage enfermé dont la foudre est au coeur ;Et cet ami riait, car il était moqueur.Il n’avait pas d’aimer la funeste science.Son seul orage à lui, c’était l’impatience.Léger comme l’oiseau qui siffle avant d’aimer,Disant : ” Tout feu s’éteint, […]

L’âme errante

Je suis la prière qui passeSur la terre où rien n’est à moi ;Je suis le ramier dans l’espace,Amour, où je cherche après toi.Effleurant la route féconde,Glanant la vie à chaque lieu,J’ai touché les deux flancs du monde,Suspendue au souffle de Dieu. Ce souffle épura la tendresseQui coulait de mon chant plaintifEt répandit sa sainte […]

Laisse-nous pleurer

Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer !Promets-nous à jamais le soleil, la nuit même,Oui, la nuit à jamais, promets-la-moi ! Je l’aime,Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils,Son rêve errant toujours et toujours ses réveils,Et toujours, pour calmer la brûlante insomnie,D’un monde où rien ne […]

La voix d’un ami

Si tu n’as pas perdu cette voix grave et tendreQui promenait mon âme au chemin des éclairsOu s’écoulait limpide avec les ruisseaux clairs,Eveille un peu ta voix que je voudrais entendre. Elle manque à ma peine, elle aiderait mes jours.Dans leurs cent mille voix je ne l’ai pas trouvée.Pareille à l’espérance en d’autres temps rêvée,Ta […]

La sincère

Veux-tu l’acheter ?Mon coeur est à vendre.Veux-tu l’acheter,Sans nous disputer ? Dieu l’a fait d’aimant ;Tu le feras tendre ;Dieu l’a fait d’aimantPour un seul amant ! Moi, j’en fais le prix ;Veux-tu le connaître ?Moi, j’en fais le prix ;N’en sois pas surpris. As-tu tout le tien ?Donne ! et sois mon maître.As-tu tout […]

La rose flamande

C’est là que j’ai vu Rose Dassonville,Ce mouvant miroir d’une rose au vent.Quand ses doux printemps erraient par la ville,Ils embaumaient l’air libre et triomphant. Et chacun disait en perçant la foule :” Quoi ! belle à ce point ?… Je veux voir aussi… “Et l’enfant passait comme l’eau qui couleSans se demander : ” […]

La ronce

Pour me plaindre ou m’aimer je ne cherche personne ;J’ai planté l’arbre amer dont la sève empoisonne.Je savais, je devais savoir quel fruit affreuxNaît d’une ronce aride au piquant douloureux.Je saigne. Je me tais. Je regarde sans larmesDes yeux pour qui mes pleurs auraient de si doux charmes. Dans le fond de mon coeur je […]

La mère qui pleure

J’ai presque perdu la vueA suivre le jeune oiseauQui, du sommet d’un roseau,S’est élancé vers la nue. S’il ne doit plus revenir,Pourquoi m’en ressouvenir ? Bouquet vivant d’étincelles,Il descendit du soleilEblouissant mon réveilAu battement de ses ailes. S’il ne doit plus revenir,Pourquoi m’en ressouvenir ? Prompt comme un ramier sauvage,Après l’hymne du bonheur,Il s’envola de […]

La maison de ma mère

Maison de la naissance, ô nid, doux coin du monde !Ô premier univers où nos pas ont tourné !Chambre ou ciel, dont le coeur garde la mappemonde,Au fond du temps je vois ton seuil abandonné.Je m’en irais aveugle et sans guide à ta porte,Toucher le berceau nu qui daigna me nourrir.Si je deviens âgée et […]

La lune des fleurs

Nocturne Douce lune des fleurs, j’ai perdu ma couronne !Je ne sais quel orage a passé sur ces bords.Des chants de l’espérance il éteint les accords,Et dans la nuit qui m’environne,Douce lune des fleurs, j’ai perdu ma couronne. Jette-moi tes présents, lune mystérieuse,De mon front qui pâlit ranime les couleurs ;J’ai perdu ma couronne et […]

La jeune fille et le ramier

Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir ;Tout tressaille, averti de la prochaine ondée :Et toi qui ne lis plus, sur ton livre accoudée,Plains-tu l’absent aimé qui ne pourra te voir ? Là-bas, pliant son aile et mouillé sous l’ombrage,Banni de l’horizon qu’il n’atteint que des yeux,Appelant sa compagne et regardant les cieux,Un ramier, […]

La jeune châtelaine

“Je vous défends, châtelaine,De courir seule au grand bois. “M’y voici, tout hors d’haleine,Et pour la seconde fois.J’aurais manqué de courageDans ce long sentier perdu ;Mais que j’en aime l’ombrage !Mon seigneur l’a défendu. “Je vous défends, belle mie.Ce rondeau vif et moqueur. “Je n’étais pas endormieQue je le savais par coeur.Depuis ce jour je […]

La fleur d’eau

Fleur naine et bleue, et triste, où se cache un emblème,Où l’absence a souvent respiré le mot : J’aime !Où l’aile d’une fée a laissé ses couleurs,Toi, qu’on devrait nommer le colibri des fleurs,Traduis-moi : porte au loin ce que je n’ose écrire ;Console un malheureux comme eût fait mon sourire :Enlevée au ruisseau qui […]

La fidèle

Si j’étais la plus belleComme la plus fidèle,Je le serais pour toi !Si j’étais souveraine,Le roi de cette reine,Tu le serais par moi ! S’il te prenait l’envieDe demander ma viePour te faire un beau jour,Cette vie ignorée,À l’amour consacrée,Tu l’aurais, mon amour ! Et si tu disais : ” DonneBeauté, vie et couronne,Pour orner […]

La couronne effeuillée

J’irai, j’irai porter ma couronne effeuilléeAu jardin de mon père où revit toute fleur ;J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée :Mon père a des secrets pour vaincre la douleur. J’irai, j’irai lui dire au moins avec mes larmes :” Regardez, j’ai souffert… ” Il me regardera,Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,Parce […]

Jour d’Orient

Ce fut un jour pareil à ce beau jourQue, pour tout perdre, incendiait l’amour ! C’était un jour de charité divineOù dans l’air bleu l’éternité chemine ;Où dérobée à son poids étouffantLa terre joue et redevient enfant ;C’était partout comme un baiser de mère,Long rêve errant dans une heure éphémère ;Heure d’oiseaux, de parfums, de […]

Jeune homme irrité

Jeune homme irrité sur un banc d’école,Dont le coeur encor n’a chaud qu’au soleil,Vous refusez donc l’encre et la paroleÀ celles qui font le foyer vermeil ?Savant, mais aigri par vos lassitudes,Un peu furieux de nos chants d’oiseaux,Vous nous couronnez de railleurs roseaux !Vous serez plus jeune après vos études :Quand vous sourirez,Vous nous comprendrez. […]

Je ne sais plus, je ne veux plus

Je ne sais plus d’où naissait ma colère ;Il a parlé… ses torts sont disparus ;Ses yeux priaient, sa bouche voulait plaire :Où fuyais-tu, ma timide colère ?Je ne sais plus. Je ne veux plus regarder ce que j’aime ;Dès qu’il sourit tous mes pleurs sont perdus ;En vain, par force ou par douceur suprême,L’amour […]

Je l’ai promis

Tu me reprends ton amitié :Je n’ai donc plus rien dans le monde,Rien que ma tristesse profonde.N’en souffris-tu que la moitié,Toi, dans ta mobile amitié,Va ! Je plaindrai ta vie amère.Que Dieu pour l’amour de sa mère,Ou pour moi, te prenne en pitié ! On ne commande pas l’amour :Il n’obéit pas, il se donne […]

J’avais froid !

Je l’ai rêvé ? c’eût été beauDe s’appeler ta bien-aimée ;D’entrer sous ton aile enflammée,Où l’on monte par le tombeau :Il résume une vie entière,Ce rêve lu dans un regard :Je sais pourtant que ta paupièreEn troubla mes jours par hasard. Non, tu ne cherchais pas mes yeuxQuand tu leur appris la tendresse ;Ton coeur […]

Inès

Je ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée,Toi, la plus douloureuse, et non la moins aimée !Toi, rentrée en mon sein ! je ne dis rien de toiQui soufres, qui te plains, et qui meurs avec moi ! Le sais-tu maintenant, ô jalouse adorée,Ce que je te vouais de tendresse ignorée ?Connais-tu maintenant, […]

Hiver

Non, ce n’est pas l’été, dans le jardin qui brille,Où tu t’aimes de vivre, où tu ris, coeur d’enfant !Où tu vas demander à quelque jeune fille,Son bouquet frais comme elle et que rien ne défend. Ce n’est pas aux feux blancs de l’aube qui t’éveille,Qui rouvre à ta pensée un lumineux chemin,Quand tu crois, […]

Fleur d’enfance

L’haleine d’une fleur sauvage,En passant tout près de mon coeur,Vient de m’emporter au rivage,Où naguère aussi j’étais fleur :Comme au fond d’un prisme où tout change,Où tout se relève à mes yeux,Je vois un enfant aux yeux d’ange :C’était mon petit amoureux ! Parfum de sa neuvième année,Je respire encor ton pouvoir ;Fleur à mon […]

Fierté, pardonne-moi !

Fierté, pardonne-moi !Fierté, je t’ai trahie ! …Une fois dans ma vie,Fierté, j’ai mieux aimé mon pauvre coeur que toi :Tue, ou pardonne-moi ! Sans souci, sans effroi,Comme on est dans l’enfance,J’étais là sans défense ;Rien ne gardait mon coeur, rien ne veillait sur moi :Où donc étais-tu, toi ? Fierté, pardonne-moi !Fierté, je t’ai […]

Dors-tu ?

Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,Quand l’eau me cherche et me fuit comme toi ;Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu de moi ? Démêles-tu, dans ton âme confuse,Les doux secrets qui brûlent entre nous ?Ces longs secrets dont l’amour nous accuse,Viens-tu les rompre […]

Dors !

L’orage de tes jours a passé sur ma vie ;J’ai plié sous ton sort, j’ai pleuré de tes pleurs ;Où ton âme a monté mon âme l’a suivie ;Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs. Mais, que peut l’amitié ? l’amour prend toute une âme !Je n’ai rien obtenu ; rien changé ; […]

Dernière entrevue

Attends, nous allons dire adieu :Ce mot seul désarmera Dieu. Les voilà ces feuilles brûlantesQu’échangèrent nos mains tremblantes, Où l’amour répandit par flotsSes cris, ses flammes, ses sanglots. Délivrons ces âmes confuses,Rendons l’air aux pauvres recluses. Attends, nous allons dire adieu :Ce mot seul désarmera Dieu. Voici celle qui m’a perdue…Lis ! Quand je te […]

Croyance

Souvent il m’apparut sous la forme d’un angeDont les ailes s’ouvraient,Remontant de la terre au ciel où rien ne change ;Et j’ai vu s’abaisser, pleins d’une force étrange,Ses bras qui m’attiraient. Je montais. Je sentais de ses plumes aiméesL’attrayante chaleur ;Nous nous parlions de l’âme et nos âmes charmées,Comme le souffle uni de deux fleurs […]

Crois-moi

Si ta vie obscure et charméeCoule à l’ombre de quelques fleurs,Ame orageuse mais calméeDans ce rêve pur et sans pleurs,Sur les biens que le ciel te donne,Crois-moi :Pour que le sort te les pardonne,Tais-toi ! Mais si l’amour d’une main sûreT’a frappée à ne plus guérir,Si tu languis de ta blessureJusqu’à souhaiter d’en mourir,Devant tous, […]

Cigale

“De l’ardente cigaleJ’eus le destin,Sa récolte frugaleFut mon festin.Mouillant mon seigle à peineD’un peu de lait,J’ai glané graine à graineMon chapelet. “J’ai chanté comme j’aimeRire et douleurs ;L’oiseau des bois lui-mêmeChante des pleurs ;Et la sonore flamme,Symbole errant,Prouve bien que toute âmeBrûle en pleurant. “Puisque Amour vit de charmesEt de souci,J’ai donc vécu de larmes,De […]

Aveu d’une femme

Savez-vous pourquoi, madame,Je refusais de vous voir ?J’aime ! Et je sens qu’une femmeDes femmes craint le pouvoir.Le vôtre est tout dans vos charmes,Qu’il faut, par force, adorer.L’inquiétude a des larmes :Je ne voulais pas pleurer. Quelque part que je me trouve,Mon seul ami va venir ;Je vis de ce qu’il éprouve,J’en fais tout mon […]

Avant toi

Comme le rossignol qui meurt de mélodieSouffle sur son enfant sa tendre maladie,Morte d’aimer, ma mère, à son regard d’adieu,Me raconta son âme et me souffla son Dieu.Triste de me quitter, cette mère charmante,Me léguant à regret la flamme qui tourmente,Jeune, à son jeune enfant tendit longtemps sa main,Comme pour le sauver par le même […]

Aux trois aimés

De vous gronder je n’ai plus le courage,Enfants ! ma voix s’enferme trop souvent.Vous grandissez, impatients d’orage ;Votre aile s’ouvre, émue au moindre vent.Affermissez votre raison qui chante ;Veillez sur vous comme a fait mon amour ;On peut gronder sans être bien méchante :Embrassez-moi, grondez à votre tour. Vous n’êtes plus la sauvage couvée,Assaillant l’air […]

Au livre de Léopardi

Il est de longs soupirs qui traversent les âgesPour apprendre l’amour aux âmes les plus sages.Ô sages ! De si loin que ces soupirs viendront,Leurs brûlantes douceurs un jour vous troubleront. Et s’il vous faut garder parmi vos solitudesLe calme qui préside aux sévères études,Ne risquez pas vos yeux sur les tendres éclairsDe l’orage éternel […]

Amour, divin rôdeur

Amour, divin rôdeur, glissant entre les âmes,Sans te voir de mes yeux, je reconnais tes flammes.Inquiets des lueurs qui brûlent dans les airs,Tous les regards errants sont pleins de tes éclairs… C’est lui ! Sauve qui peut ! Voici venir les larmes !…Ce n’est pas tout d’aimer, l’amour porte des armes.C’est le roi, c’est le […]

Ame et jeunesse

Puisque de l’enfance envoléeLe rêve blanc,Comme l’oiseau dans la vallée,Fuit d’un élan ; Puisque mon auteur adorableMe fait errerSur la terre où rien n’est durableQue d’espérer ; A moi jeunesse, abeille blondeAux ailes d’or !Prenez une âme, et par le monde,Prenons l’essor ; Avançons, l’une emportant l’autre,Lumière et fleur,Vous sur ma foi, moi sur la […]

Allez en paix

Allez en paix, mon cher tourment,Vous m’avez assez alarmée,Assez émue, assez charmée…Allez au loin, mon cher tourment,Hélas ! mon invisible aimant ! Votre nom seul suffira bienPour me retenir asservie ;Il est alentour de ma vieRoulé comme un ardent lien :Ce nom vous remplacera bien. Ah ! je crois que sans le savoirJ’ai fait un […]

A Rouen, rue Ancrière

Je n’ai vu qu’un regard de cette belle morteA travers le volet qui touche à votre porte,Ma soeur, et sur la vitre où passa ce regard,Ce fut l’adieu d’un ange obtenu par hasard. Et dans la rue encore on dirait, quand je passe,Que l’adieu reparaît à la claire surface. Mais il est un miroir empreint […]

A ma soeur Cécile

Cache-les dans ton coeur, toi dont le coeur pardonne,Ces bouquets imprudents qui fleurissaient en moi ;C’est toute une âme en fleur qui s’exhale vers toi ;Aux autres, je l’entr’ouvre : à toi, je te la donne.

A l’amour

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,Ces lettres qui font mon supplice,Ce portrait qui fut ton complice ;Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs. Je te rends ce trésor funeste,Ce froid témoin de mon affreux ennui.Ton souvenir brûlant, que je déteste,Sera bientôt froid comme lui. Oh ! Reprends tout. Si ma main […]

Tableau de Paris (A cinq heures du soir)

En tous lieux, la foulePar torrents s’écoule ;L’un court, l’autre roule ;Le jour baisse et fuit ;Les affaires cessent,Les dîners se pressent,Les tables se dressent,Il est bientôt nuit. Là, je devinePoularde fineEt bécassineEt dindon truffé ;Plus loin, je humeSalé, légume,Cuits dans l’écumeD’un boeuf réchauffé. Le sec parasiteFlaire et trotte vitePartout où l’inviteL’odeur d’un repas ;Le […]

Tableau de Paris (A cinq heures du matin)

L’ombre s’évapore,Et déjà l’auroreDe ses rayons doreLes toits d’alentour ;Les lampes pâlissent,Les maisons blanchissent,Les marchés s’emplissentOn a vu le jour. De la Villette,Dans sa charrette,Suzon brouetteSes fleurs sur le quai,Et de VincenneGros Pierre amèneSes fruits que traîneUn âne efflanqué. Déjà l’épicière,Déjà la fruitière,Déjà l’écaillèreSaute en bas du litL’ouvrier travaille,L’écrivain rimailleLe fainéant bâille,Et le savant lit. […]

Les plaisirs du dimanche

Vive, vive le dimanche !Vieil enfant du CarnavalDe la gaieté la plus francheCe beau jour donne le signal. Jeunes et vieux de leur demeureS’empressent de déloger,Et le même instant sonne l’heureDe la messe et du berger. Vive, vive le dimanche !Vieil enfant du Carnaval,De la gaieté la plus francheCe beau jour donne le signal. Réunis […]

L’atelier du peintre

ouLe portrait manqué Jaloux de donner à ma belleUn duplicata de mes traits,Je demande quel est l’ApelleLe plus connu par ses portraits.C’est, me répond l’ami Dorlange,Un artiste nommé Mathieu.Il prend fort peu…Mais, ventrebleu !Quel coloris, quelle grâce, quel feu !Il vous attrape comme un ange ;Et loge près de l’Hôtel-Dieu, Vite, je cours chez mon […]

Pleurant amèrement mon douloureux servage

Pleurant amèrement mon douloureux servageQui tient mon corps mal sain, mon esprit en souci,Le coeur comblé d’amer, le visage transi,Cachant l’ombre de vie en une morte image, Je cherche vainement qui l’esprit me soulage ;Le médecin du corps, j’éprouve vain aussi,D’un front saturnien, d’un renfrogné sourcil,Je trouve tout ami en amitié volage. Voyant donc mes […]

Ô de mon bien futur le frêle fondement

Ô de mon bien futur le frêle fondement !Ô mes désirs semés en la déserte arène !Ô que j’éprouve bien mon espérance vaine !Ô combien mon tourment reçoit d’accroissement ! Ô douloureux regrets ! ô triste pensementQui avez mes deux yeux convertis en fontaine !Ô trop soudain départ ! ô cause de la peineQui me […]

Ouvrez-moi, Sincero, de vos pensers la porte

Ouvrez-moi, Sincero, de vos pensers la porte.Je désire de voir si l’amour de son traitVous engrave aussi bien dans le coeur mon portraitComme votre beau vers à mes yeux le rapporte. Je ne veux pas pourtant que hors de vous il sorte,Ni que par la faveur d’un gracieux attraitVotre coeur soit jamais d’avec le mien […]

Bouche dont la douceur m’enchante doucement

Bouche dont la douceur m’enchante doucementPar la douce faveur d’un honnête sourire,Bouche qui soupirant un amoureux martyreApaisez la douleur de mon cruel tourment ! Bouche, de tous mes maux le seul allégement,Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e) :Qui les plus éloquents surpassez à bien direA l’heure qu’il vous plaît de parler doctement ; Bouche pleine […]

Antithèse du somme et de la mort

Rien n’est plus différent que le somme et la mort,Combien qu’ils soient issus de même parentage ;L’un profite beaucoup, l’autre fait grand dommage,De l’un on veut l’effet, de l’autre on craint l’effort. Une morte froideur qui descend du cerveauNous cause le sommeil, une fièvre brûlante,Qui éteint les esprits par son ardeur nuisante,Nous cause le trépas […]

Sonnet

Au lecteur des ‘Nouvelles récréations et joyeux devis’. Hommes pensifs, je ne vous donne à lireCes miens devis, si vous ne contraignezLe front maintien de vos fronts rechignés ;Ici n’y a seulement que pour rire. Laissez à part votre chagrin, votre ire,Et vos discours de trop loin désignés.Une autre fois vous serez enseignés ;Je me […]

L’avarice

A Hélias Boniface, d’Avignon. Voyant l’homme avaricieux,Tant misérable et soucieux,Veiller, courir et tracasser,Pour toujours du bien amasserEt jamais n’avoir le loisirDe s’en donner à son plaisir,Sinon quand il n’a plus puissanceD’en percevoir la jouissance,Il me souvient d’une alumelle,Laquelle, étant luisante et belle,Se voulut d’un manche garnir,Afin de couteau devenir,Et, pour mieux s’emmancher de même,Tailla son […]

La devise du poète

Loisir et libertéC’est bien son seul désir ;Ce serait un plaisirPour traiter vérité.L’esprit inquiétéNe se fait que moisir ;Loisir et liberté,S’ils viennent cet été,Liberté et loisir,Ils la pourront saisirA perpétuité,Loisir et liberté.

Des Roses

Un jour de may, que l’aube retourneeRafraischissoit la claire matinee,Afin d’un peu recreer mes esprits,Au grand verger, tout le long du pourprisMe promenois par l’herbe fraische et drue,Là où je vis la rosee espandue.L’aube naissante avoit couleur vermeilleEt vous estoit aux roses tant pareilleQu’eussiez douté si la belle prenoitDes fleurs le teint, ou si elle […]

Chanson

A Claude Bectone, Dauphinoise. Si Amour n’était tant volageOu qu’on le pût voir en tel âgeQu’il sût les labeurs estimer,On pourrait bien sans mal aimer. Si Amour avait connaissanceDe son invincible puissance,Laquelle il oit tant réclamer,On pourrait bien sans mal aimer. Si Amour découvrait sa vueAussi bien qu’il fait sa chair nue,Quand contre tous se […]

Cantique de la Vierge

L’âme de moi, sous cette chair enclose,En nul vivant ores plus ne se fie :Car elle estime, honore et magnifieLe Seigneur Dieu par-dessus toute chose. Et mon esprit, pour la bonne assuranceDe voir la fin d’ennuyeuse tristesse,Se réjouit et fonde sa liesseEn Dieu, mon bien et ma sûre espérance, Qui a daigné, par douceur amoureuse,Jeter […]

A Mathieu de Quatre de la Mastre

Les aveugles et violeursPour ôter aux gens leurs douleursChantent toujours belles chansons ;Et toutefois par chants et sonsIls ne peuvent chasser les leurs. Ce qu’ils chantent en leurs malheurs,Ils aiment mieux que les couleursOu moins qu’enfants longues leçons,Les aveugles. En chantant ils pensent ailleurs,Mêmement aux biens des bailleurs,Autrement chants leurs sont tansons*,Et n’en prisent point […]

Le déconforté

Si de la mort telle était la puissanceQue du regret qui m’est venu saisi r;Ou qu’elle fût sous mon obéissancePour satisfaire à mon plus grand désir,J’eusse eu piéça de mourir le loisir.Or si la mort que j’appelle et convieMe secourir ne peut ou n’a envie,Et vivre ainsi vivre se doit nommer,Je suis vivant mais c’est […]

Epitaphe de Diane Baudoire, sa femme

Diane, en couche, se sentantDe la rude mort assaillie,Et déjà du tout lui étantLà vive parole faillieA son mari de main pâlieMontre un beau fils, produit à l’heure,Comme voulant dire: « Ne pleureAvecques l’adieu d’un baiser,Ce bel enfant qui te demeure,Sera pour ton deuil apaiser ».

A la fontaine

Fontaine, dont l’eau cristalline,D’amont le rocher tombe aval,Murmurant parmi la colline,Puis tombe paisible en son val,Où d’une trace continueTorse en serpent, se traîne et pousse,Et, à travers l’herbe menue,Passe, arrosant l’épaisse mousse,Mille et mille oiseaux qui te hantent,Le flateux bruit, le frais des eaux,Et les nymphes qui autour chantentRépondant au chant des oiseaux, L’air doux, […]

J’eusse été citoyen de quelque république

J’eusse été citoyen de quelque républiqueSonge de Pythagore, oeuvre d’un Dorien,Harmonieux état réglé par la musique,Où la loi se conforme au rythme aérien. Puis, dans une agora, j’aurais avec ivresseAdmiré longuement les poses et les sonsDe ces beaux orateurs dont la phrase caresseL’oreille inattentive aux rigides leçons, Et devant la tribune, étendu sur le stade,J’aurais […]

Sur l’affection de la vie

Mon Dieu, que la lumière est belle,Mais on n’en voit qu’une étincelle ;On n’est pas sorti du berceauQue l’on court à la sépulture :Que les froides nuits du tombeauFont d’outrages à la nature ! De toutes ces beautés célestes,Voyez les misérables restes,Dans ce lit commun des humainsOù Dieu veut que toujours on dorme,Ces beaux yeux […]

La vie est un songe

Tout n’est plein ici bas que de vaine apparence,Ce qu’on donne à sagesse est conduit par le sort,L’on monte et l’on descend avec pareil effort,Sans jamais rencontrer l’état de consistance. Que veiller et dormir ont peu de différence,Grand maître en l’art d’aimer, tu te trompes bien fortEn nommant le sommeil l’image de la mort,La vie […]

La Raison fait le malheur de l’homme

Ce n’est qu’un vent furtif que le bien de nos jours,Qu’une fumée en l’air, un songe peu durable ;Notre vie est un rien, à un point comparable,Si nous considérons ce qui dure toujours. L’homme se rend encor lui-même misérable,Ce peu de temps duquel il abrège ses joursPar mille passions, par mille vains discours,Tant la sotte […]

Entiere conoissance de la beauté, effet d’Amour

Chacun peut bien de cette autre DianeLa beauté voir jointe à la chastetéMais je suis seul qui voy la SaintetéDu clair esprit par le corps diaphane : Par ce corps là, non pas corps, mais le faneD’une nouvelle et haute deité,Fane, lequel (impie iniquité !)L’irreverente ignorance prophane. Donc moy qui suis de si belle lumiereIlluminé, […]

D’une faveur

Beauté premiere, admirable ornement,Vie, clarté, nourriture du monde,Pere Apollon, dont la sainte facondeA enyvré mon jeune entendement, Soit qu’esclairer tu voyses promtementL’autre moytié de cette terre ronde :Soit que laver veuilles ta teste blondeAu grand poly du liquide element : Tardes tes pas, et tes heures encore(Vierges qui ont l’aile au vol tousjours preste)Arreste au […]

Du pouvoir merveilleux et estrange desir de son amour

J’estois tout seul entier dans mon essence,Au paradis de l’amour de moy-mesme,Et mon esprit, en ce logis supreme,Se reposoit sus ma douce indolence : A mon resveil, je vy en ma presenceCelle moitié de mon tout, que plus j’aymeEstre sans moy, cause et principal themeDe ceste mort, que j’ay par son offense. Puis que je […]

Du nom de sa Sainte, imitation de Pétrarque

Quand à mes vers je veux matiere élireMa fantaisie au fin commencementDu nom, lequel je ly devotementDE ce saint nom me commende d’ecrire : Mais quand je vien à un peu apres lireElle me chante alors tout autrement,N’y touche pas (dit elle) follement,N’Y touche pas, ta main n’y peut suffire : Puis quand j’en veux […]

Du merveilleux effet de son amour

De moy elle a, et d’elle j’ay la vie,La vie moy ? mais, las, j’ay la mort d’elle,Qui toutesfois auray vengeance telleQue par sa mort ma mort sera suyvie : L’on diroit bien qu’elle a brulante envieDe m’estre douce, autant qu’elle est rebelle,Car si je ris, elle rit (l’infidele)Et mon pleurer à pleurer la convie […]

De ses vers, à sa Sainte

J’ay fait bataille à ton nom, de mes vers,Vers qu’Amour mesme a pour nous fait si forsQu’ilz ne craindront de la mort les efforsQuand nous serons desja fais proye aus vers : Tant que la vie ame de l’universFera tourner la rouë des sept corps,Qui l’harmonie engendrent des acorsQue font tousjours leurs mouvements divers. Le […]

De sa Sainte

Un jour ma Sainte au temple saint oroit.Au ciel estoit le bruit de son silence,Comme un Soleil reluisoit sa presence,Et tout le lieu de son ombre doroit. L’image en Croix de cil qu’elle adoroit,Signes monstroit de grand’ benivolenceSaintes et Saints luy faisoient reverence,Et tout le temple honoré l’honoroit. Ce que j’en dy n’est pas nouvelle […]

De sa juste amour et estrange peine

Je reconnois en elle mon courageCar le sien mesme estre le mien je croy.J’y reconnois de Nature la loy,Qui de nous deux n’ha fait qu’un mesme ouvrage. Je reconnois encores d’avantage :Je suis en elle, et je la sens en moy.Pour le moins donq aux signes que je voyElle est la mienne, ou moy la […]

De la persévérance de son Amour

Ce grand Amour qui au beau de ma dame,De mon esprit les yeux va conduisant,Est un Soleil, chauld, clair et reluisantC’est proprement le Soleil de mon ame, Ce beau Soleil de sa tresclaire flamme,Me fait tout voir un univers plaisant :Mais de son feu cruellement cuisant,Trop ardemment il me brule et enflamme. Car en son […]

A sa Sainte

Je fais sepulchre à ton loz de mes vers,Vers, qu’Amour mesme ha pour nous fait si fors,Qu’ilz ne craindront de la mort les effors,Quand nous serons tous deux rongez des vers : Tant que la vive ame de l’Univers,Fera tourner la roue des sept corps,Qui l’harmonie engendrent des accors,Que font tousjours leurs mouvemens divers : […]

Cantique

Ici, je ne bâtis pasD’une main industrieuse,A la ligne et au compas,Une maison somptueuse. Ici, je ne veux chanterL’orgueil de quelque édifice,Ni l’ouvrage retenterD’un ancien frontispice. Autre que moi, mieux apprisEn cette magnificence,Chante l’honneur et le prixEt la superbe excellence. D’un palais audacieuxQui lève si haut la tête,Qu’il la cache dans les cieuxPour voisiner la […]

Ô Versaille

… Ô Versaille ! ô regrets ! ô bosquets ravissans,Chefs-d’oeuvre d’un grand roi, de Le Nôtre et des ans !La hache est à vos pieds et votre heure est venue.Ces arbres dont l’orgueil s’élançait dans la nue,Frappés dans leur racine, et balançant dans l’airLeurs superbes sommets ébranlés par le fer,Tombent, et de leurs troncs jonchent […]

Les jardins

…Désirez-vous un lieu propice à vos travaux ?Loin des champs trop unis, des monts trop inégaux,J’aimerais ces hauteurs où, sans orgueil, domineSur un riche vallon une belle colline.Là, le terrain est doux sans insipidité,Élevé sans raideur, sec sans aridité.Vous marchez : l’horizon vous obéit : la terreS’élève ou redescend, s’étend ou se resserre.Vos sites, vos […]

Le doux printemps revient…

Le doux printemps revient, et ranime à la foisLes oiseaux, les zéphirs, et les fleurs, et ma voix.Pour quel sujet nouveau dois-je monter ma lyre ?Ah ! Lorsque d’un long deuil la terre enfin respire,Dans les champs, dans les bois, sur les monts d’alentour,Quand tout rit de bonheur, d’espérance et d’amour,Qu’un autre ouvre aux grands […]

Le coin du feu

Suis-je seul ? je me plais encore au coin du feu.De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ;J’agace mes tisons ; mon adroit artificeReconstruit de mon feu le savant édifice.J’éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlantJe corrige le feu trop rapide ou trop lent.Chaque fois que j’ai pris mes pincettes fidèles,Partent en […]

Le café

Il est une liqueur, au poëte plus chère,Qui manquait à Virgile, et qu’adorait Voltaire ;C’est toi, divin café, dont l’aimable liqueurSans altérer la tête épanouit le coeur.Aussi, quand mon palais est émoussé par l’âge,Avec plaisir encor je goûte ton breuvage.Que j’aime à préparer ton nectar précieux !Nul n’usurpe chez moi ce soin délicieux.Sur le réchaud […]

Christophe Colomb

Eh ! qui du grand Colomb ne connaît point l’histoire,Lui dont un nouveau monde éternisa la gloire ?Illustre favori du maître du trident,L’heureux Colomb voguait sur l’abîme grondant ;Sa nef avait franchi les colonnes d’Alcide ;Les phoques, les tritons, la jeune néréide,Voyaient d’un oeil surpris ces drapeaux, ces soldats,Ces bronzes menaçants, cette forêt de mâts,Et […]

Trois jours de Christophe Colomb

“En Europe ! en Europe ! – Espérez – Plus d’espoir !– Trois jours, leur dit Colomb, et je vous donne un monde.”Et son doigt le montrait, et son oeil, pour le voir,Perçait de l’horizon l’immensité profonde.Il marche, et des trois jours le premier jour a lui ;Il marche, et l’horizon recule devant lui ;Il […]

Quand l’infidèle usait envers moi de ses charmes

Quand l’infidèle usait envers moi de ses charmes,Son traître coeur m’allait de soupirs émouvant,Sa bouche de serments, et ses deux yeux de larmes,Mais enfin ce n’étaient que des eaux, et du vent ! Elle jurait ses yeux, lumière parjurée,Et ses yeux consentaient à l’infidélité,Que notre amour serait à jamais assurée,Mais ses yeux profanés n’ont pas […]

Quand le flambeau du monde

Quand le flambeau du mondeQuitte l’autre séjour,Et sort du sein de l’ondePour rallumer le jour,Pressé de la douleur qui trouble mon repos,Devers lui je m’adresse, et lui tiens ce propos : Bel astre favorableQui luis également,Aux humains secourableFors qu’à moi seulement,Soleil qui fais tout voir, et qui vois tout aussi,Vis-tu jamais mortel si comblé de […]

Puisqu’il faut désormais que j’éteigne ma flamme

Puisqu’il faut désormais que j’éteigne ma flamme,Seul et cruel remède, avec l’eau de mes pleurs,Et que pour m’arracher les épines de l’âmeJe m’ôte aussi du coeur les roses et les fleurs, Sortez de mon esprit, pensers pleins de délices,Cher et doux entretien dont l’état est changé,Qu’un injuste mépris convertit en supplices,Je vous ouvre la porte, […]

Le Temple à l’Inconstance

Je veux bâtir un temple à l’Inconstance.Tous amoureux y viendront adorer,Et de leurs voeux jour et nuit l’honorer,Ayant leur coeur touché de repentance. De plume molle en sera l’édifice,En l’air fondé sur les ailes du vent,L’autel de paille, où je viendrai souventOffrir mon coeur par un feint sacrifice. Tout à l’entour je peindrai mainte imageD’erreur, […]

Enfin ce traître Amour qui semblait désarmé

Enfin ce traître Amour qui semblait désarméReprend force en mon coeur, et recouvre sa gloire,Je sens encore les feux dont je fus enflammé,Et si j’ai triomphé c’est avant la victoire. Ce beau soleil d’Amour pour un temps obscurci,Que les dédains couvraient comme un épais nuage,Rendant de ses rayons tout le ciel éclairci,A chassé les brouillas […]

Confession amoureuse

et regret d’avoir aiméune infidèle et inconstante Beauté. Je me veux confesser ces jours dévotieux,Que chacun a le coeur attaché dans les Cieux,Et que mon Prince même exerce pénitence :Je veux prier, jeûner, pleurer et m’accuser,Et veux en m’accusant sagement opposerA l’éternelle mort la vive repentance. Je confesse, Seigneur, que lorsque je fus né,Je me […]

Cantique de la Vierge Marie

Quand au dernier sommeil la Vierge eust clos les yeux,Les Anges qui veilloyent autour de leur maistresse,Esleverent son corps en la gloire des Cieux,Et les Cieux furent pleins de nouvelle allegresse. Les plus hauts Séraphins à son advenementSortoient au devant d’elle et luy cedoient la place,Se sentant tous ravis d’aise et d’estonnementDe pouvoir contempler la […]

Au bord tristement doux des eaux, je me retire

Au bord tristement doux des eaux, je me retire,Et vois couler ensemble, et les eaux, et mes jours,Je m’y vois sec, et pâle, et si j’aime toujoursLeur rêveuse mollesse où ma peine se mire. Au plus secret des bois je conte mon martyre,Je pleure mon martyre en chantant mes amours,Et si j’aime les bois et […]

Noël

Gentils pasteurs, qui veillez en la prée,Abandonnez tout amour terrien,Jésus est né et vous craignez de rien,Chantez Noël de jour et de vesprée.Noël ! Laissez agneaux repaître en la contrée,Gloire est aux cieux pour l’amour de ce bienQui porte paix, amour et entretien ;Allez le voir, c’est bonne rencontrée.Noël ! Or est ému tout le […]

Ce qu’il faut au poète

Enfant de la nature,Il lui faut ses bouquets ;Ses tapis de verdureEt l’or de ses guérets. Mais il faut au poèteDes rythmes inconnus,Les clartés du prophèteEt les nuits de Jésus. Il lui faut des étudesAux aspects infinis :D’austères solitudesPour nourrir ses esprits. C’est là que le génie,Au souffle créateur,Infiltre l’harmonieDans le front du penseur…

Ruines

À Maurice Nicolle. L’illustre ville meurt à l’ombre de ses murs ;L’herbe victorieuse a reconquis la plaine ;Les chapiteaux brisés saignent de raisins mûrs. Le barbare enroulé dans sa cape de laineQui paît de l’aube au soir ses chevreaux outrageux,Foule sans frissonner l’orgueil du sol Hellène. Ni le soleil oblique au flanc des monts neigeux,Ni […]

Pour une absente

Je veux m’enfermer seul avec mon souvenir,Immobile, oublieux des rafales d’automneQui font les frondaisons se rouiller et jaunirEt de la mer roulant sa plainte monotone ;Je veux m’enfermer seul avec mon souvenir. Le demi-jour filtrant des étoffes tenduesSera doux et propice à mon coeur nonchalant,Quand je l’évoquerai du fond des étendues,Et sa voix emplira d’un […]

L’automne a dénudé…

L’automne a dénudé les glèbes et le soir.Un soir d’exil et de mains désunies,S’approche à l’horizon des plaines infinies,Roi dévêtu de pourpre et spolié d’espoir. Ô marcheur aux pieds nus et las qui viens t’asseoirSans compagnon, parmi les landes défleuries,Près des eaux mornes, quelles mêmes agoniesAlourdissent ton front vers ce triste miroir ? Je le […]

Chambre d’amour

La nuit tiède est clémente à la ville qui dort ;Des lys impérieux triomphent dans la chambreEt cependant nos coeurs sont froids comme DécembreEt nos baisers d’amour amers comme la mort. Ta douce bouche s’ouvre à des chansons mièvresEt tes seins bienveillants accueillent mon front las ;Mais, ô ma douloureuse enfant, je ne sais pasPourquoi […]

Stances sur mon jardin de Boucherville

Petit jardin que j’ai plantéQue ton enceinte sait me plaire !Je vois en ta simplicité,L’image de mon caractère. Pour rêver qu’on s’y trouve bien !Ton agrément c’est la verdure ;A l’art tu ne dois presque rien,Tu dois beaucoup à la nature. D’un fleuve rapide en son cours,Tes murs viennent toucher la rive,Et j’y vois s’écouler […]

Stances marotiques à mon esprit

Non mon esprit vous n’êtes sot,Mais onc ne fûtes Philosophe,Point n’est sagesse votre lot,Pourtant ne manquez pas d’étoffe. Point trop mal vous dites le mot,Assez bien raillez sans déplaire,Or un sot ne le pourrait faire :Non mon esprit vous n’êtes sot. Mais flatter ne fut mon métier,Partant souffrez cette apostrophe ;Bien êtes un peu singulier,Mais […]

Songe agréable

Une nuit que le dieu Morphée,Sur ma paupière compriméeDistillait ses plus doux pavots,Je vis en songe dans la nue,Un vieillard à tête chenue,Qui me fit entendre des mots : Bellone va fuir exilée,L’Europe de sang abreuvéeLa repousse au fond des déserts ;Et Georges ce roi formidable,Domptant le Français indomptable,Rendra la paix à l’univers. Tremble ennemi […]

Si je la voy pres d’un ruisseau coulant

Si je la voy pres d’un ruisseau coulant,Elle me semble une belle Naiade :Elle me semble une belle Driade,Si je la voy l’herbe des prez foulant. Si je la voy par les hautz lieus allant,Je pense voir une vraye Oreade :Et la compare à quelque Hamadriade,Lors qu’au jardin ses beautez va çellant. Que diray plus […]

L’esté grillant, et le chaud Sirien

L’esté grillant, et le chaud Sirien,Perçant les flancs de la terre qui bée :Non ceste Fleur qui m’a l’ame enflambée,Mesme à l’envy du gaillard Cyprien. Elle est sa guide en ce val terrien,Son flair combat l’odoreuse SabéeEt dans le coeur cest amour m’est tombéePar qui j’ay tout, et sans qui je n’ay rien. Pluye, ni […]

Les vers Toscans du Cygne Florentin

Les vers Toscans du Cygne FlorentinOnt illustré sa Laure magnifique,Et sous le nom du verd arbre DelfiqueSemant sa gloire au Royaume Latin. Depuis en Gaule un Sonneur AngevinDit sous couleur de l’Olivier Attique,Sa chere Olive : et sa voix PoëtiqueLa celebra d’un chant noble, et divin. Ore apres eus et d’age, et de merite,Je chante […]

Le jour, le point, mille foys attendu

Le jour, le point, mille foys attenduL’heure, et la nuit, mille fois attenduë,M’ont desormais entre les bras renduD’une qui s’est entre mes bras renduë. D’ame, et d’esprit, je suis tout esperdu !D’ame, et d’esprit, elle est toute esperduë !Ô jour luisant ! ô soulas pretendu !Ô dous esbat ! ô joye pretenduë ! D’un tel […]

Le feu brusque, et leger, aus Astres s’achemine

Le feu brusque, et leger, aus Astres s’achemine,Nostre ame tient du feu : la terre, l’eau, ni l’aer,A sa vivacité ne se peut esgaler :Aussi le feu les passe, et sur chacun domine. Les metaus fréchement arrachez de la mine,S’affinent tous au feu : le feu ne peut celerSes graces, ni vertus : il fait […]

Le feu bruslant, ou la torche allumée

Le feu bruslant, ou la torche alluméePerd sa lueur aus rayons du Soleil :Et mon amour qui n’a point de pareil,Tout autre amour fait couler en fumée. Voyla pourquoi mon ame accoustuméeA ressentir les esclairs d’un bel oeil,Vit au milieu d’un brasier nompareil :Opiniastre à se voir consumée. Ni la rigueur des moys plus froidureus,Ni […]

Grasinde, vous semblez à la vigne sauvage

Grasinde, vous semblez à la vigne sauvageQui naist pres d’un halier, ou sur un mont desert :Là son pampre, et son cep, rien du tout ne luy sert,Et si nul Vigneron n’en tire du breuvage. Ainsi vostre Beauté qui me tient en servage,Sa fleur, son fruit, son tige, et sa racine perd :N’employant a propos […]

Doctime amy, qu’Amour docteur anime

Doctime amy, qu’Amour docteur animeAu bellime art des sçavantismes Sioeurs :Tu vas goustant leurs saintimes douçieurs,Enflant ta veine en rime coulantime. Ton coeur bravime, et ta voix bruyantime,Santant ainsi nos longuimes errieurs,Hautime suyt ses brusquimes furieurs,Chaudimes or’ d’une ardieur si gentime. Je ne t’escry pour autrime raisonSi gaillardime en bonime saison,Que pour louër tes chantz […]

Ôtez la rouille et il se formera un vase très pur

Hélas ! mon coeur est plein de rouille,Que cause ma propriété :Si j’ai de vos dons, je les souille ;Mettez-le, Mon Seigneur, dans votre vérité. Ah ! faites-le passer sous la meule avec l’eau ;N’épargnez point les coups, mais lavez son ordure ;Non, ce n’est pas assez ; formez-en un nouveauQui n’ait plus rien de […]

Un seul je hais, qui deux me fait aimer

Un seul je hais, qui deux me fait aimerPlus par pitié d’aveuglée jeunesse,Qui trouve doux ce que je trouve amer,Que par instinct d’amoureuse détresse,Laquelle toute au quatrième m’adresse,Le voyant tout en moi s’iniquiter. Par quoi, voulant envers tous m’acquitter,Contrainte suis – afin que ne m’écarte –Fuyant les trois, le quatrième quitter,Pour non trembler si grosse […]

Soit que par égale puissance

Soit que par égale puissanceL’affection, et le désirDébattent de la jouissanceDu bien, dont se veulent saisir : Si vous voulez leur droit choisir,Vous trouverez sans fiction,Que le désir en tout plaisirSuivra toujours l’affection. (Rymes XXVII)

Si je n’ai pu comme voulois

Si je n’ai pu comme vouloisVous réciter au long, et direCe de quoi tant je me doulois,Imputez-le à mon coeur plein d’ire,Pour n’avoir pu ouïr médire.Du bien, que je dois estimer,Et pour qui on devrait maudireTous ceux qui m’en veulent blâmer. (Rymes XXIX)

Si j’aime cil, que je devrais haïr

Si j’aime cil, que je devrais haïr,Et hais celui, que je devrais aimer,L’on ne s’en doit autrement ebahir,Et ne m’en dût aucun en rien blâmer. Car de celui le bien dois estimer,Et si me fuit, comme sa non semblable :Mais de celui-ci le plaisir trop damnableM’ôte le droit par la Loi maintenu. Voilà pourquoi je […]

Sans connaissance aucune en mon Printemps j’étais

Sans connaissance aucune en mon Printemps j’étais :Alors aucun soupir encor point ne jetais,Libre sans liberté : car rien ne regrettaisEn ma vague penséeDe mols et vains désirs follement dispensée.Mais Amour, tout jaloux du commun bien des Dieux,Se voulant rendre à moi, comme à maints, odieux,Me vint escarmoucher par faux alarmes d’yeux,Mais je vis sa […]

Sais-tu pourquoi de te voir j’eus envie ?

Sais-tu pourquoi de te voir j’eus envie ?C’est pour aider à l’ouvrier, qui cessa,Lors qu’assembla en me donnant la vie,Les différents, où après me laissa. Car m’ébauchant Nature s’efforçaD’entendre et voir pour nouvelle ordonnanceTon haut savoir, qui m’accroît l’espéranceDes Cieux promise, ainsi que je me fonde,Que me feras avoir la connaissanceDe ton esprit, qui ébahit […]

Qui dira ma robe fourrée

Qui dira ma robe fourréeDe la belle pluie doréeQui Daphnés enclose ébranla :Je ne sais rien moins, que cela. Qui dira qu’à plusieurs je tendsPour en avoir mon passetemps,Prenant mon plaisir çà, et là :Je ne sais rien moins, que cela. Qui dira que t’ai révéléLe feu long temps en moi celéPour en toi voir […]

Quand vous voyez, que l’étincelle

Quand vous voyez, que l’étincelleDu chaste Amour sous mon aisselleVient tous les jours à s’allumer,Ne me devez-vous bien aimer ? Quand vous me voyez toujours celle,Qui pour vous souffre, et son mal cèle,Me laissant par lui consumer,Ne me devez-vous bien aimer ? Quand vous voyez, que pour moins belleJe ne prends contre vous querelle,Mais pour […]

Prenez le cas que, comme je suis vôtre

Prenez le cas que, comme je suis vôtre –Et être veux – vous soyez tout à moi :Certainement par ce commun bien nôtreVous me devriez tel droit que je vous dois. Et si Amour voulait rompre sa Loi,Il ne pourrait l’un de nous dispenser,S’il ne voulait contrevenir à soi,Et vous, et moi, et les Dieux […]

Pour une anatomie

Qui voudra bien contempler l’Univers,Où du grand Dieu le grand pouvoir abondeEn éléments, et animaux divers,En Ciel, et Terre, et Mer large et profonde,Vienne voir l’homme, où la machine rondeEst toute enclose, et plus, qui bien le prend.Car pour soi seul en ce sien petit mondeÀ tout compris, celui qui tout comprend. (Rymes LX)

Point ne se faut sur Amour excuser

Point ne se faut sur Amour excuser,Comme croyant qu’il ait forme, et substancePour nous pouvoir contraindre et amuser,Voire forcer à son obéissance :Mais accuser notre folle plaisancePouvons-nous bien, et à la vérité,Par qui un coeur plein de légèretéSe laisse vaincre, ou à gain, ou à perte,Espérant plus, que n’aura méritéSon amitié de raison moins experte. […]

Parfaite amitié

Quant est d’Amour, je crois que c’est un songe,Ou fiction, qui se paît de mensonge,Tant que celui, qui peut plus faire encroireSa grand’feintise, en acquiert plus de gloire. Car l’un feindra de désirer la grâce,De qui soudain voudra changer la placeL’autre fera mainte plainte à sa guise,Portant toujours l’amour en sa devise,Estimant moins toute perfectionQue […]

Par ce dizain clairement je m’accuse

Par ce dizain clairement je m’accuseDe ne savoir tes vertus honorer,Fors du vouloir, qui est bien maigre excuse :Mais qui pourrait par écrit décorerCe qui de soi se peut faire adorer ? Je ne dis pas, si j’avais ton pouvoir,Qu’à m’acquitter ne fisse mon devoir,À tout le moins du bien que tu m’avoues. Prête-moi donc […]

Or qui en a, ou en veut avoir deux

Or qui en a, ou en veut avoir deux,Comment peut-il faire deux Amours naître ?Je ne dis pas, que ne puisse bien êtreUn coeur plus grand, que croire je ne veux :Mais que tout seul il satisfit à eux,Cela n’a point de résolutionQui sût absoudre, ou clore ma demande : Et toutefois ainsi qu’affectionCroît le […]

Ô vraie amour, dont je suis prise

Ô vraie amour, dont je suis prise,Comment m’as-tu si bien apprise,Que de mon jour tant me contente,Que je n’en espère autre attente,Que celle de ce doux amer,Pour me guérir du mal d’aimer ? Du bien j’ai eu la jouissance,Dont il m’a donné connaissancePour m’assurer de l’amitié,De laquelle il tient la moitié :Doncques est-il plus doux […]

Mômerie des cinq postes d’Amour

LE PREMIER POSTE Amour, craignant qu’ayez abandonnéLui et son train, en éloignant sa cour,Soudainement m’a ce paquet donné,Me commandant par le chemin plus courtVous faire entendre, ainsi que le bruit court,Qu’il n’y aura de vous belle ni laide– Si ainsi est – qu’il ne laisse tout courtPleurer en vain son secours et son aide. LE […]

L’une vous aime, et si ne peut savoir

L’une vous aime, et si ne peut savoirQu’Amour lui soit ou propice, ou contraire :L’autre envers vous fait si bien son devoir,Que plus ne sait, où vous doive complaire.Or je demande en si douteux affaire A quelle plus devez être tenu ?Car celle-là d’un coeur simplement nuPour vous s’oublie, et pour soi pensive est :Et […]

Le haut pouvoir des Astres a permis

Le haut pouvoir des Astres a permis –Quand je naquis – d’être heureuse et servie :Dont, connaissant celui qui m’est promis,Restée suis sans sentiment de vie,Fors le sentir du mal, qui me convieA regraver ma dure impressionD’amour cruelle, et douce passion,Où s’apparut celle divinité,Qui me cause l’imaginationA contempler si haute qualité. (Rymes I)

Le grand désir du plaisir admirable

Le grand désir du plaisir admirableSe doit nourrir par un contentementDe souhaiter chose tant agréable.Que tout esprit peut ravir doucement. Ô que le fait doit être grandementRempli de bien, quand pour la grand’envieOn veut mourir, s’on ne l’a promptement :Mais ce mourir engendre une autre vie. (Rymes XIV)

Le Corps ravi, l’Âme s’en émerveille

Le Corps ravi, l’Âme s’en émerveilleDu grand plaisir qui me vient entamer,Me ravissant d’Amour, qui tout éveillePar ce seul bien, qui le fait Dieu nommer. Mais si tu veux son pouvoir consommer,Faut que partout tu perdes celle envie :Tu le verras de ses traits s’assommer,Et aux Amants accroissement de vie. (Rymes XII)

La nuit était pour moi si très-obscure

La nuit était pour moi si très-obscureQue Terre et Ciel elle m’obscurcissait,Tant qu’à Midi de discerner figureN’avais pouvoir – qui fort me marrissait : Mais quand je vis que l’aube apparaissaitEn couleurs mille et diverse, et sereineJe me trouvai de liesse si pleine –Voyant déjà la clarté à la ronde –Que commençai louer à voix […]

La fortune envieuse

La fortune envieuse,Voyant mon jour passer,De la nuit est joyeusePour me faire penserVrai ce que le Ciel ditPour se mettre en crédit. Mais savoir n’ai envieDes Planètes le coursPour connaître ma vie,Ayant autre discours :Car tant que je verraiMon jour, je ne mourrai. Ne trouve point étrange,Si, quand ne le puis voir,Je me trouble, et […]

Je te promis au soir que…

Je te promis au soir que, pour ce jour,Je m’en irais à ton instance grandeFaire chez toi quelque peu de séjour :Mais je ne puis… parquoi me recommande,Te promettant m’acquitter pour l’amende,Non d’un seul jour, mais de toute ma vie,Ayant toujours de te complaire envie.Donc te supplie accepter le vouloirDe qui tu as la pensée […]

Je suis tant bien que je ne le puis dire

Je suis tant bien que je ne le puis dire,Ayant sondé son amitié profondePar sa vertu, qui à l’aimer m’attirePlus que beauté : car sa grâce et facondeMe font croire la première du monde. (Rymes XVII)

Je suis la Journée

Je suis la Journée,Vous, Amy, le jour,Qui m’a détournéeDu fâcheux séjour.D’aimer la Nuit certes je ne veux point,Pource qu’à vice elle vient toute à point :Mais à vous toute êtreCertes je veux bien,Pource qu’en votre êtreNe gît que tout bien. Là où en ténèbresOn ne peut rien voirQue choses funèbres,Qui font peur avoir,On peut de […]

Je ne crois point ce que vous dites

Je ne crois point ce que vous dites :Que tant de bien me désiriez,Comme à celle, pour qui vous fitesCe que pour vous faire devriez. Mais quelle plus estimeriez :Ou celle qui, d’un coeur tremblant,N’ose dire ce que voudriez,Ou qui le dit d’un faux semblant ? (Rymes XXXI)

J’ai été par un long temps déçue

J’ai été par un long tempsDéçue de l’espérance :Et si encor point n’attendsD’elle plus grand’assurance,Que celle-là, que ma foiMe peut promettre de soi. je vois les uns fort contents,Les autres pleins de souffrances :De ceux-là les ris j’entends,De ceux-ci la douléanceCes passions j’aperçoisRégner toutes deux en moi. je ris du bien, où je tendsEn très-grand’ […]

Jà n’est besoin que plus je me soucie

Jà n’est besoin que plus je me soucieSi le jour faut, ou que vienne la nuit,Nuit hivernale, et sans Lune obscurcie :Car tout cela certes rien ne me nuit,Puisque mon Jour par clarté adoucieM’éclaire toute, et tant, qu’à la minuitEn mon esprit me fait apercevoirCe que mes yeux ne surent oncques voir. (Rymes VIII)

Heureuse est la peine

Heureuse est la peineDe qui le plaisirÀ sur foi certaineAssis son désir.L’on peut assez en servant requérir,Sans toutefois par souffrir acquérirCe que l’on pourchassePar trop désirer,Dont en male grâceSe faut retirer. Car un tel serviceNe prétend qu’au point,Qui par commun viceL’honneur pique, et point.Et ce travail en fumée devientToutes les fois, que la raison survient,Qui […]

Désespoir

Si c’est Amour, pourquoi m’occit-il donc,Qui tant aimai, et haïr ne sus onc ?Et s’il m’occit, pourquoi plus outre vis ?Et si ne vis, pourquoi sont mes devisDe désespoir et de plaints tous confus ?Meilleur m’était, soudain que né je fus,De mourir tôt que de tant vivre, mêmeQue mortel suis ennemi de moi-même :Et ne […]

Dames, s’il est permis

Dames, s’il est permisQue l’amour appetisseEntre deux coeurs promis,Faisons pareil office :Lors la légèretéPrendra sa fermeté. S’ils nous disent volagesPour nous en divertir :Assurons nos couragesDe ne nous repentir,Puis que leur amitiéEst moins, que de moitié. Se voulant excuser,Que leur moitié perduePeut ainsi abuserTant qu’elle soit rendue :La loi pour nous fut faiteEmpruntant leur défaite. […]

Coq à l’âne

Ami, je n’ai Laquais, ni Page,Qui bien sût faire mon message,Ne telle chose raconterQue me sens au cerveau monterEn cette plaine, et bel espace. Mon Dieu, comme le monde passeEn oisiveté par simplesse !Ne voit-on point tant de sagesseQue le plus fol demeure maître ?Il n’y a rien si beau, que d’êtreAuprès de quelque beau […]

Comme le corps ne permet point de voir

Comme le corps ne permet point de voirÀ son esprit, ni savoir sa puissance :Ainsi l’erreur, qui tant me fait avoirDevant les yeux le bandeau d’ignorance,Ne m’a permis d’avoir la connaissanceDe celui-là que, pour près le chercher,Les Dieux avaient voulu le m’approcher :Mais si haut bien ne m’a su apparaître. Parquoi à droit l’on me […]

Combien de fois ai-je en moi souhaité

Combien de fois ai-je en moi souhaitéMe rencontrer sur la chaleur d’étéTout au plus près de la claire fontaine,Où mon désir avec cil se promèneQui exerce en sa philosophieSon gent esprit, duquel tant je me fieQue ne craindrais, sans aucune maignie,De me trouver seule en sa compagnie :Que dis-je : seule ? plutôt bien accompagnéeD’honnêteté, […]

C’est une ardeur d’autant plus violente

C’est une ardeur d’autant plus violente,Qu’elle ne peut par Mort ni temps périr :Car la vertu est d’une action lente,Qui tant plus va, plus vient à se nourrir. Mais bien d’Amour la flamme on voit mourirAussi soudain qu’on la voit allumée,Pour ce qu’elle est toujours accoutumée,Comme le feu, à force et véhémence :Et celle-là n’est […]

C’est un grand mal se sentir offensé

C’est un grand mal se sentir offensé,Et ne s’oser, ou savoir à qui plaindre :C’est un grand mal, voire trop insensé,Que d’aspirer, où l’on ne peut atteindre :C’est un grand mal que de son coeur contraindre,Outre son gré, et à sujétion :C’est un grand mal qu’ardente affection,Sans espérer de son mal allégeance :Mais c’est grand […]

Celle clarté mouvante sans ombrage

Celle clarté mouvante sans ombrage,Qui m’éclaircit en mes ténébreux jours,De sa lueur éblouit l’oeil volageÀ l’inconstant, pour ne voir mes séjours :Car, me voyant, m’eût consommé toujoursPar les erreurs de son errante flèche. Par quoi l’esprit, qui désir chaste cherche,En lieu de mort a eu nouvelle vie,Faillant aux yeux – dont le corps souffrant sèche […]

Aucuns ont dit la Théorique

Aucuns ont dit la ThéoriqueÉtre devant que la Pratique :Ce que bien nier on pouvait. Car qui fit l’art, jà la savait,Qui est un point qu’un SophistiqueConcéderait tout en dormant : Quant à moi je dis, pour réplique,Qu’Amour fut premier, que l’Amant. (Rymes XLVI)

A un sot rimeur, qui trop l’importunait d’aimer

Tu te plains que plus ne rimasse,Bien qu’un temps fut que plus aimasseÀ étendre vers rimassés,Que d’avoir biens sans rime assez :Mais je vois que qui trop rimoyeSus ses vieux jours enfin larmoye. Car qui s’amuse à rimacherÀ la fin n’a rien à mâcher. Et pource, donc, rime, rimache,Rimone tant et rime hache,Qu’avecques toute ta […]

À qui plus est un Amant obligé

À qui plus est un Amant obligé :Ou à Amour, ou vraiment à sa Dame ?Car son service est par eux rédigéAu rang de ceux qui aiment lauds, et fame. À lui il doit le coeur, à elle l’Âme,Qui est autant comme à tous deux la vie ;L’un à l’honneur, l’autre à bien le convie […]

Vous qui sur mon front, toute en larmes

Vous qui sur mon front, toute en larmes,Pressez vos yeux pour ne plus voirLes feuilles du berceau de charmesSur le sable humide pleuvoir, Dans le brouillard funèbre où glissentCes ombres des jours révolus,Pauvre enfant dont les cils frémissent,Vous qui pleurez, ne pleurez plus. Car bientôt, dans les avenues,Décembre transparent et bleuEtendra sur les branches nuesSes […]

Une flûte au son pur

Une flûte au son pur, je ne sais où, soupire.C’est dimanche. La ville est paisible, il fait bleu ;Et l’âme à qui l’azur semble toujours suffireBénit le soir tombant et la bonté de Dieu. Pourtant cet air qui pleure au fond du crépuscule,Là-bas, chez des voisins, ce dimanche d’été,Cet aveu sans espoir qu’une flûte module,A […]

Un soir, au temps du sombre équinoxe d’automne

Un soir, au temps du sombre équinoxe d’automneOù la mer forcenée et redoublant d’assautsSe cambre et bat d’un lourd bélier le roc qui tonne,Nous étions dans un lieu qui domine les eaux. Heure trouble, entre l’ombre et le jour indécise !La faux du vent sifflait dans les joncs épineux.A mes pieds, sur la terre humide […]

Tu sommeilles ; je vois tes yeux sourire encor

Tu sommeilles ; je vois tes yeux sourire encor.Ta gorge, ainsi deux beaux ramiers prennent l’essor,Se soulève et s’abaisse au gré de ton haleine.Tu t’abandonnes, lasse et nue et tout en fleur,Et ta chair amoureuse est rose de chaleur.Ta main droite sur toi se coule au creux de l’aine,Et l’autre sur mon coeur crispe ses […]

Tu rangeais en chantant pour le repas du soir

Tu rangeais en chantant pour le repas du soirLe pain blond, du laitage et le fruit de nos treilles,Autour d’un rayon d’or formé par les abeilles ;Et te voici qui viens tout près de moi t’asseoir. Il a plu ; l’air mouillé répand une odeur verte,Le fifre d’un insecte invisible au plafondAlterne avec le bruit […]

Ton image en tous lieux peuple ma solitude

Ton image en tous lieux peuple ma solitude.Quand c’est l’hiver, la ville et les labeurs d’esprit,Elle s’accoude au bout de ma table d’étude,Muette, et me sourit. A la campagne, au temps où le blé mûr ondule,Amis du soir qui tombe et des vastes couchants,Elle et moi nous rentrons ensemble au crépusculePar les chemins des champs. […]

Ton coeur est fatigué des voyages

Ton coeur est fatigué des voyages ? Tu cherchesPour asile un toit bas et de chaume couvert,Un verger frais baigné d’un crépuscule vertOù du linge gonflé de vent pende à des perches ? Alors ne va pas plus avant : Voici l’enclos.Cette porte d’osier qui repousse des feuilles,Ouvre-la, s’il est vrai, poète, que tu veuillesConnaître […]

Souvent, le front posé sur tes genoux

Souvent, le front posé sur tes genoux, je pleure,Plus faible que ton coeur amoureux, faible femme,Et ma main qui frémit en recevant tes larmesSe dérobe aux baisers de feu dont tu l’effleures. ” Mais, dis-tu, cher petit enfant, tu m’inquiètes ;J’ai peur obscurément de cette peine étrange :Quel incurable rêve ignoré des amantesL’Infini met-il donc […]

Sois pure comme la rosée

Sois pure comme la rosée,Comme le ciel que tu reflètes ;Sois légère aux herbes brisées,Ame tremblante du poète. Colore-toi du sang de l’aube,Scintille en larme aux cils des feuilles ;Et si des roses te recueillent,Qu’une vierge cueille ces roses. Sois lumineuse et résignée,Rafraîchis le pied qui te foule ;Souris au soleil hostile, ourleLes rosaces des […]

Saison fidèle aux coeurs qu’importune la joie

Saison fidèle aux coeurs qu’importune la joie,Te voilà, chère Automne, encore de retour.La feuille quitte l’arbre, éclatante, et tournoieDans les forêts à jour. Les aboiements des chiens de chasse au loin déchirentL’air inerte où l’on sent l’odeur des champs mouillés.Gonflés d’humidité, les prés mornes soupirentEn cédant sous les pieds. Les oiseaux voyageurs, par bandes, dans […]

Requiem d’automne

Tout ce que le monde m’offre ici-baspour me consoler me pèse.Imitation de Jésus-Christ. L’automne fait gronder ses grandes orgues grisesEt célèbre le deuil des soleils révolus,L’avare automne entasse aux rebords des talusLes vols de feuilles d’or que flagelle la bise. Stérile et glacial reliquaire où s’effriteCe qui ne peut pas être avec ce qui n’est […]

Qu’on ouvre la fenêtre au large

Qu’on ouvre la fenêtre au large, qu’on la laisseLarge ouverte à l’air bleu qui vient avant la nuit !Je voudrais, ah ! marcher autour de moi sans bruit,Entendre ce que dit l’automne à ma tristesse ;Car voici la saison où la sève s’épuise.C’est un des derniers soirs de septembre ; la brisePromène sur les champs […]

Pour couronner la blonde enfant aux yeux d’azur

Pour couronner la blonde enfant aux yeux d’azur,De toutes la plus chaste ensemble et la plus belle,Car sa gorge orgueilleuse a pour hôte un coeur pur,Que l’azur du bleuet au fauve épi se mêle. Quand le ciel d’août torride accable les moissons,Qu’au sein des blés houleux s’enfoncent les faucilles,Son labeur et sa force étonnent les […]

Parfois, sur les confins du sommeil qui s’achève

Parfois, sur les confins du sommeil qui s’achève,A l’heure où l’âme est triste et flotte au bas du rêve,Un souvenir d’amour nous étreint à la gorge,Vivant et si profond qu’on en voudrait mourir.Le coeur, rempli de pleurs voluptueux, déborde ;On mord en sanglotant les draps, la chair sans forceSe fond dans la langueur exquise de […]

Ô poète inquiet du monde

Ô poète inquiet du monde, qui médites,Opposant un front ferme aux grands souffles salés,Souviens-toi que l’amour, docile au pas de l’heure,Ne descend pas deux fois dans la même demeure !Un soir tu reviendras, sentant qu’il se fait tard,Au toit natal, chargé d’une âme de vieillard.Tes yeux verront dans les miroirs rongés de rouilleLe sel de […]

Ô jeunesse, fervent et clair foyer d’amour

Ô jeunesse, fervent et clair foyer d’amour,Tu fais au ciel l’aveu sonore de ta joie,Et ta flamme, luttant d’éclat avec le jour,Aux quatre vents, pareille à la Chimère, ondoie ! Mais tu n’as pas plus tôt brillé de tout ton feuQue, prompte à dévorer le sang qui t’alimente,Tu languis, déjà sombre, et tu meurs, et […]

Ne mêle pas l’esprit aux choses de la chair

Ne mêle pas l’esprit aux choses de la chair.Sache, aux moments secrets où le corps est en fête,Redescendre à l’obscur délire de la bête.Tumultueux et sourd et fort comme la mer,Laisse gronder tes sens en orgues de tempête,Et que sous l’onde en feu de tes baisers halèteL’orgueilleuse impudeur de la beauté parfaite.Il faut qu’au fond […]

Mélodie païenne

Venez ce soir, m’amie, à la vesprée ;Pendant qu’au bourg on danse la bourrée,Vous passerez par la porte du clos,Et je vous attendrai sous les bouleaux,Près de la source au soleil empourprée. Dans la forêt de muguets diaprée,Par nos pas surprise fuira l’Orée,Et nos voix feront vibrer les échos.Venez ce soir, Et je vous dirai, […]

Ma fenêtre était large ouverte sur la nuit

Ma fenêtre était large ouverte sur la nuit.La maison reposant autour de moi sans bruit,J’écrivais, douloureux poète d’élégies,A la clarté dansante et douce des bougies.Un souffle d’air chargé des parfums du jardinMe ravit en entrant la lumière soudain,Et je me trouvai seul dans l’ombre avec mon rêve.Ma montre palpitait, précipitée et brève,A travers les profonds […]

Ma douce enfant, ma pauvre enfant

Ma douce enfant, ma pauvre enfant, sois forte et calme.Pense à Dieu, pense à notre amour éternel. LèveLes yeux, souris, et vois, d’un battement si faible,Mes cils mouillés répondre à ton sourire pâle. Dis-moi : Je t’aime, encor. Je t’aime, et puis ne parlePlus ; les mots font mal à ceux qui vont mourir. LaisseTa […]

Le vent est doux comme une main de femme

Le vent est doux comme une main de femme,Le vent du soir qui coule dans mes doigts ;L’oiseau bleu s’envole et voile sa voix,Les lys royaux s’effeuillent dans mon âme ; Au clavecin s’alanguissent les gammes,Le soleil est triste et les coeurs sont froids ;Le vent est doux comme une main de femme,Le vent du […]

Le tiède après-midi paisible de septembre

Le tiède après-midi paisible de septembreLanguit sous un ciel gris, mélancolique et tendre,Pareil aux derniers jours d’un amour qui s’achève.Après les longs et vains et douloureux voyages,Le solitaire, ouvrant sans bruit la grille basse,Rentre ce soir dans le logis de sa jeunesse. Ah ! comme tout est lourd, comme tout sent l’automne !Comme ton coeur […]

Le temps n’a point pâli ta souveraine image

Le temps n’a point pâli ta souveraine image :Telle qu’un jour d’été, jadis, tu m’apparus,Debout, battant du linge au bord d’un sarcophage,Je te revois, fille aux bras nus. C’est dans une prairie où la chaleur frissonne,Où, comme un brasier vert, l’herbe s’incline au vent.Un platane robuste à la belle couronneT’abrite du soleil brûlant. Je t’observe […]

Le soir léger, avec sa brume claire et bleue

Le soir léger, avec sa brume claire et bleue,Meurt comme un mot d’amour aux lèvres de l’été,Comme l’humide et chaud sourire heureux des veuvesQui rêvent dans leur chair d’anciennes voluptés.La ville, pacifique et lointaine, s’est tue.Dans le jardin pensif où descend le reposFrissonne avec un frais murmure un épi d’eauDont la tige se rompt parfois […]

Le rosaire des cloches

Les cloches dans leurs tours égrènent un rosaireMélancolique, par l’air d’une nuit d’été.Or j’ai bu le poison aux yeux de la Beauté,Et j’ai peine à ne pas crier sous ma misère. Ô lourd ciboire où le damné se désaltère !Ô coupe d’or sanglant où dort l’eau du Léthé !…Les cloches dans leurs tours égrènent un […]

Le lait des chats

Les chats trempent leur langue roseAu bord des soucoupes de lait ;Les yeux fixés sur le soufflet,Le chien bâille en songeant, morose. Et tandis qu’il songe et reposePrès de la flamme au chaud reflet,Les chats trempent leur langue roseAu bord des soucoupes de lait. Dans le salon, seul le feu glose ;Mère-grand dit son chapelet,Suzanne […]

L’amour nous fait trembler comme un jeune feuillage

L’amour nous fait trembler comme un jeune feuillage,Car chacun de nous deux a peur du même instant.” Mon bien-aimé, dis-tu très bas, je t’aime tant…Laisse… Ferme les yeux… Ne parle pas… Sois sage… Je te devine proche au feu de ton visage.Ma tempe en fièvre bat contre ton coeur battant.Et, le cou dans tes bras, […]

L’ambre, le seigle mûr, le miel plein de lumière

L’ambre, le seigle mûr, le miel plein de lumièreDont le gâteau ressemble aux grottes de Fingal,Comparés aux cheveux dont mon amie est fièreN’offrent pas un éclat égal. Que mon amie heureuse auprès de moi s’endorme,Je ne puis me lasser de voir dans son sommeilSes cheveux répandus faire à sa blanche formeUn large berceau de soleil. […]

La voix du soir

La voix du soir est sainte et forte,Lourde de songe et de parfums,Et son flot d’ombre me rapporteLa cendre des espoirs défunts. J’ai dit à l’amour qu’il s’en aille,Et son pas d’aube, je l’écouteQui dans la gaieté des sonnaillesS’étouffe au tournant de la route. La douceur de ce soir témoigneDe la bonté calme des choses.Je […]

La pensée est une eau sans cesse jaillissante

La pensée est une eau sans cesse jaillissante.Elle surgit d’un jet puissant du coeur des mots,Retombe, s’éparpille en perles, jase, chante,Forme une aile neigeuse ou de neigeux rameaux,Se rompt, sursaute, imite un saule au clair de lune,S’écroule, décroît, cesse. Elle est soeur d’ArielEt ceint l’écharpe aux tons changeants de la FortuneOù l’on voit par instants […]

La maison serait blanche et le jardin sonore

La maison serait blanche et le jardin sonoreDe bruits d’eaux vives et d’oiseaux,Et le lierre du mur qui regarde l’auroreBroderait d’ombres les rideaux Du lit tiède où, mêlés comme deux tourterelles,Las d’un voluptueux sommeil,Nous souririons, heureux de nous sentir des ailesAux premiers rayons du soleil. Cette maison n’aurait sous l’auvent qu’un étageAu balcon noyé de […]

La maison dort

La maison dort au coeur de quelque vieille villeOù des dames s’en vont, lasses de bonnes oeuvres,S’assoupir en suivant l’office de six heures,Ville où le rouet gris de l’ennui se dévide. Dans la cour un bassin où pleurent les eaux vivesD’avoir vu verdir les Tritons et d’être seules.Et la maison laisse gémir les eaux jaseuses […]

La chanson de la bien-aimée

(villanelle) La chanson de la Bien-Aimée,Comme un trille d’oiseau siffleur,Monte dans la nuit parfumée. L’entendez-vous sous la ramée,A travers les pommiers en fleur,La chanson de la Bien-Aimée ? Comme une vivante fumée,Son rythme subtil et trembleurMonte dans la nuit parfumée. Et quand vient l’heure accoutumée,Où s’exhale par la chaleurLa chanson de la Bien-Aimée, Le cri […]

J’étais couché dans l’ombre au seuil de la forêt

J’étais couché dans l’ombre au seuil de la forêt.Un talus du chemin désert me séparait.J’écoutais s’écouler près de moi, bruit débile,Une source qui sort d’une voûte d’argile.Par ce beau jour de juin brûlant et vaporeuxL’horizon retenait des nuages heureux.Des faucheurs répandus à travers la prairieAbattaient ses remparts d’herbe haute et nourrie.D’un coteau descendaient des voitures […]

J’écris ; entre mon rêve et toi la lampe chante

J’écris ; entre mon rêve et toi la lampe chante.Nous écoutons, muets encor de volupté,Voleter un phalène aveugle dans la chambre.Ton visage pensif est rose de clarté. Tu caresses les doigts que je te laisse et songes :” Si vraiment il m’aimait ce soir, écrirait-il ? “Tu soupires, tes mains tressaillent, et tes cilsPalpitent sous […]

Je vais sur la pelouse humide de rosée

Je vais sur la pelouse humide de rosée,D’un pas léger, les yeux riants, l’âme briséeDe tendresse, de joie indicible et d’amour.Le jour descend en moi comme un baiser, le jourMe pénètre et m’enlève à la terre. J’adore.Le jardin resplendit sous le ciel frais. L’auroreA troué les pins drus et noirs d’un rouge orteil.Une perle d’eau […]

Je te vois anxieuse et belle de pâleur

Je te vois anxieuse et belle de pâleur ;Le sang fiévreux afflue et palpite à tes tempes.Ferme les yeux, prends-moi plus près de toi, sois tendre,Et que ma chair se fonde à ta bonne chaleur. La force du désir gonfle ta gorge en fleur ;Un sanglot fait mourir tes caresses plus lentes,Et le bruit de […]

Je t’apporte, buisson de roses funéraires

Je t’apporte, buisson de roses funéraires,Ces vers, à toi déjà lointaine et presque morte,Ô douloureuse enfant qui passes dans mes rêves ;Moi qui t’ai vue heureuse et belle, je t’apporteCes vers, comme un bouquet de lys sur ta beauté.Tu sus trop tôt que l’homme est âprement mauvais,Et le sel de la vie à ta bouche […]

J’ai croisé sur la route où je vais dans la vie

J’ai croisé sur la route où je vais dans la vieLa Mort qui cheminait avec la Volupté,L’une pour arme ayant sa faux inassouvie,L’autre, sa nudité. Voyageur qui se traîne, ivre de lassitude,Cherchant en vain des yeux une borne où s’asseoir,Je me trouvais alors dans une solitudeAux approches du soir. Tout à coup, comme à l’heure […]

Il est si tard

Il est si tard, il fait, cette nuit de novembre,Si triste dans mon coeur et si froid dans la chambreOù je marche d’un pas âpre, le front baissé,Arrêtant les sanglots sur mes lèvres, pousséPar les ressorts secrets et rudes de mon âme ! La maison dort d’un grand sommeil, l’âtre est sans flamme ;Sur ma […]

Il a plu. Soir de juin. Ecoute

Il a plu. Soir de juin. Ecoute,Par la fenêtre large ouverte,Tomber le reste de l’averseDe feuille en feuille, goutte à goutte. C’est l’heure choisie entre toutesOù flotte à travers la campagneL’odeur de vanille qu’exhaleLa poussière humide des routes. L’hirondelle joyeuse jase.Le soleil déclinant se croiseAvec la nuit sur les collines ; Et son mourant sourire […]

Goûte, me dit le Soir de juin avec douceur

Goûte, me dit le Soir de juin avec douceur,Goûte ma reposante et secrète harmonie,Et forme tendrement ton âme et ton génieSur le ciel d’où je viens avec la Nuit ma soeur. Regarde-nous marcher au bord de la colline,Comme un couple inégal de beaux adolescentsSur mon épaule, avec des gestes languissants,La Nuit lente à me suivre […]

Eté des vieilles joies

Que ton souffle renaisse, Eté des vieilles joies,Et ramène l’espoir et son divin cortège,Et ravive l’écho de mes pas sur la grèveOù le vol des corbeaux et des rêves tournoie. Car ma jeunesse s’empoussière aux vains grimoires,Tant qu’elle sèche et peu à peu se désagrège,Et l’automne, duègne ridée et sacrilège,Vert-de-grise l’étang de mon âme et […]

Epitaphe pour lui-même

Il fut le très subtil musicien des ventsQui se plaignent en de nocturnes symphonies ;Il nota le murmure des herbes jauniesEntre les pavés gris des cours d’anciens couvents. Il trouva sur la viole des dévots servantsPour ses maîtresses des tendresses infinies ;Il égrena les ineffables litaniesOu s’alanguissent tous les amoureux fervents. Un soir, la chair […]

Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maison

Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maison,Sans craindre que ma chair, vouée aux oeuvres viles,Apporte le relent de luxure des villesA la candeur des jupes d’ombre en oraison ? Je songe à d’autres jupes d’ombre qui sont doucesPour endormir l’effroi des poètes malades,A des doigts alourdis d’anneaux aux pierres troubles,Troubles comme des yeux menteurs, comme […]

Encore un peu ta bouche en pleurs

Encore un peu ta bouche en pleurs, encore un peuTes mains contre mon coeur et ta voix triste et basse ;Demeure ainsi longtemps, délicieuse et lasse,Auprès de moi, ma pauvre enfant, ce soir d’adieu. Les formes du jardin se fondent dans l’air bleu,Le vent propage en l’étouffant l’aveu qui passe ;L’heure semble éternelle au couple […]

Dernières paroles du poète

Je vais mourir, je vais bientôt mourir ; qu’on ouvreLa croisée et que j’aie un rayon de soleilSur mon lit et la ronde endormeuse des mouches ;Que tout le jour sourie à mon dernier sommeil ;Qu’on me couvre de fleurs, que l’air frais du matinM’apporte encor les clairs effluves du jardinOù mon frère aux cheveux […]

Conseils au solitaire

Aie une âme hautaine et sonore et subtile,Tais-toi, mure ton seuil, car la lutte déprave ;Forge en sceptre l’or lourd et roux de tes entraves,Ferme ton coeur à la rumeur soûle des villes ; Entends parmi le son des flûtes puérilesSe rapprocher le pas profond des choses graves ;Hors la cité des rois repus, tueurs […]

Ce soir, sur le chemin sonore du coteau

Ce soir, sur le chemin sonore du coteau,Nous menons en rêvant notre amour qui frissonneD’une obscure tiédeur sous le même manteau.Ô crépuscule amer de novembre ! L’automneEst soucieux comme un aïeul qu’on va quitter ;Son souffle large et fort sur la terre endormieRépand de solennels adieux. Las de monter,Bientôt nous suspendons nos pas, ô mon […]

Ce soir je reprendrai mon chemin solitaire

Ce soir je reprendrai mon chemin solitaire,Dans les champs où la nuit traîne son manteau bleuJ’irai, respirant l’air que l’herbe en fleur embaume,Triste et pressant le pas comme ceux qui vont seuls ;Je verrai les hameaux s’endormir sous le chaume,Et les amants tresser leurs doigts sous les tilleuls,Et les femmes filer encore, et les aïeulsRêver […]

Ce soir après la pluie est doux

Ce soir après la pluie est doux ; soir de septembreSi doux qu’on en voudrait pleurer, si plein d’abeillesQu’on fuit tout défaillant la pénombre des chambres.C’est un soir de septembre un peu triste, et c’est veilleDe dimanche, et c’est l’heure ou ceux de la maisonViennent s’asseoir parmi les roses du perron.C’est un soir de septembre […]

Ce coeur plaintif, ce coeur d’automne

Ce coeur plaintif, ce coeur d’automne,Qui veut l’aimer ?Ma belle enfant, on vous le donnePour un baiser. Amusez-vous, car je vous voisInoccupée,A le briser, comme autrefoisVotre poupée. Ce sera moins long que les rosesA déchirer,Puis vous irez à d’autres choses,Et moi pleurer.

Avant que mon désir douloureux soit comblé

Avant que mon désir douloureux soit combléD’un amour qui l’apaise enfin ou dont je meure,Entendrai-je souvent encor la mer du bléBruire aux alentours de ma chère demeure ? Trop de fois, taciturne et sombre, et regardantMes chiens souples bondir à travers l’herbe haute,J’ai dispersé ton feu stérile, ô coeur ardent,A tous les vents du soir […]

Ah ! Seigneur, Dieu des coeurs robustes, répondez !

Ah ! Seigneur, Dieu des coeurs robustes, répondez !Quel est ce temps de doute où l’homme joue aux désSes croyances, l’amour et le rêve et la gloire ?Il est tard ; que faut-il aimer, que faut-il croire ?Vacillants et plaintifs comme un peuple de joncs,Sous le ciel triste et nu nous vous interrogeons ;Notre âme […]

Ah ! ce bruit affreux de la vie !

Ah ! ce bruit affreux de la vie !Et que dormir serait meilleurDans la terre où le caillou crieSous la bêche du fossoyeur ! Le soleil a toute ma haine ;Je suis rassasié de voirSa lumière quotidienneSe rire de mon désespoir. Ah ! pouvoir donc enfin m’étendreDans le seul lit où l’on soit seul,Et dans […]

Glaucus

Fragment de poème Non, ce n’est plus assez de la roche lointaineOù mes jours, consumés à contempler les mers,Ont nourri dans mon sein un amour qui m’entraîneÀ suivre aveuglément l’attrait des flots amers.Il me faut sur le bord une grotte profonde,Que l’orage remplit d’écume et de clameurs,Où, quand le dieu du jour se lève sur […]

Description de la noble ville et cité d’Auxerre

Cité d’Auxerre, aimée et renommée,Ceux de Paris souvent t’ont habitéePour le beau lieu et aussi pour la grumeDont ton haut bruit plus vaut qu’on ne le plume. Tu as bon vin, bonne eau, bon blé, bon pain,Aussi tu as le corps de saint Germain,Et cil qui veut dévotement s’ébattreSoudain verra l’église saint Amatre ;D’autres corps […]

Contre les taverniers qui brouillent les vins

Rondeau Brouilleurs de vins, malheureux et maudits,Gens sans amour, faux en faits et en dits,Qui ne tendez qu’en damnable avarice,Soyez certains que divine justiceVous punira de bien brief, je le dis,Les vins nouveaux vous seront interdits,Point n’en boirez ; car des fois plus de dix,Dieu qui nous voit connaît votre malice,Brouilleurs de vins. Sur ces […]

Blason de la noble ville et cité de Paris

Je suis Paris, cité de renommée,Rien ne me fault ; de Dieu suis gouvernéeAuprès des blés suis, et près des prairies,De beaux jardins, bois et forêts fleuries ;Dessous y a la rivière de Seine,Laquelle on tient à un chacun bien saine.Outre, visez le noble Parlement,Où l’on peut voir faire bon jugement ;De nuit le guet […]

Pensive suis, frappée d’ung subtil dart

Pensive suis, frappée d’ung subtil dart,Et n’ay science ou habilité d’artD’oster mon cueur d’amoureuse poincture,Se ne complais à ma dame, Nature,Qui mon esprit nuyt et jour brusle et art. En plusieurs lieux je gette mon regard,Et si ne voy nul qui me dye “Dieu gard !”En ce beau lieu où prens ma nourriture,Pensive suis, frappée […]

Hymne à la Vierge

Dame d’honneur par-dessus les étoilesExaltée es très glorieusement,Allaité as de tes saintes mamellesCelui qui t’a créé providamment. Par le fruit que mangea notre grand’mère,Du lieu de paix fûmes privés jadisMais ton saint fruit nous ôte de misèreEn nous rendant la joie et paradis. Tu es la porte où passa le haut roi :Porte dorée et […]

De la vertu de Miséricorde

Miséricorde, qui est si pitoyable,Ne devrait pas des princes être loin,Mais aujourd’hui elle a l’épée au poingSouffrant punir cil qui n’est point coupable,Elle tire, de façon admirable,D’un arc turquois et Rigueur s’appareilleDe lui souffler paroles en l’oreille ;Tel vent la fait inane et variable ;D’autre côté est l’Homme insatiableQui fauche tout sans pitié ni merci,C’est […]

Cry du Prince des Sots

Sotz lunatiques, Sotz estourdis, Sotz sages,Sotz de villes, de chasteaulx, de villages,Sotz rassotez, Sotz nyais, Sotz subtils,Sotz amoureux, Sotz privez, Sotz sauvages,Sotz vieux, nouveaux, et Sotz de toutes agesSotz barbares, estranges et gentilz,Sotz raisonnables, Sotz pervers, Sotz retifs,Vostre Prince, sans nulles intervalles,Le Mardy Gras jouera ses jeux aux Halles. Sottes dames et Sottes damoiselles,Sottes vieilles, […]

Considérez que gens vindicatifs

Ballade Considérez que gens vindicatifsQui ne veulent les fautes pardonner,Sont de péché les enfants nutritifsEt ne veut Dieu de leur cas ordonner.Tout homme humain se doit abandonnerA pardonner si on lui quiert merci,Où jà son coeur ne sera éclairciQuelque prière que par devers Dieu fasse,Qui pardonne mérite d’avoir grâce ;Qui aime amour vit en tous […]

Chant royal

Considérez que guerre, l’immortelle,Par son regard fier les courages tente ;Dissension, héritier de cautelle,Loge Fureur en pavillon ou tente :Vengeance sort, laquelle essaye ou tenteDe succomber ses ennemis mortels,Remémorant qu’en guerre sont morts telsQui en France portent un grand dommage,Mêmes perdu or, argent et alloy,Par défaut de croire en maint passage,Un Dieu, un Roi, une […]

Villanesque

J’ay trop servi de fable au populaireEn vous aymant, trop ingrate maistresse ;Suffise vous d’avoir eu ma jeunesse. J’ay trop cherché les moyens de complaireA vos beaus yeux, causes de ma détresse :Suffise vous d’avoir eu ma jeunesse. Il vous falloit me tromper ou m’attraireDedans vos lacs d’une plus fine addresse :Suffise vous d’avoir eu […]

Tout passe par leurs mains, rien ne se fait sans eux

Tout passe par leurs mains, rien ne se fait sans eux,Ils ont sur le Royaume une pleine puissance,On soutient qu’il leur faut porter obéissanceCar on les a élus plus sages et plus vieux. Mais s’il est question d’un de ces Demi-dieux,Sous ombre de l’appât d’une folle espérance,Ils font tout, et fut-il contraire à l’ordonnance,Tant on […]

Souffle dans moy, Seigneur…

Souffle dans moy, Seigneur, souffle dedans mon âmeUne part seulement de ta saincte grandeur ;Engrave ton vouloir au rocher de mon cueurPour asseurer le feu qui mon esprit enflame. Supporte, Seigneur Dieu, l’imparfaict de ma flâmeQui deffault trop en moy : Ren toy le seul vainqueur,Et de ton grand pouvoir touche, époinçonne, entameLe feu, le […]

Sa flame est morte et la mienne a pris vie

Sa flame est morte et la mienne a pris vie,Ainsi qu’on voit l’arbrisseau renaissantAu pied du tronc qui s’en va périssantSous le ridé de l’escorce pourrie : Il est au Ciel hors le danger d’envie,Et je suis cy, après vous languissant,Craignant tousjours l’envieux pâlissant,Et le venin d’une langue ennemie. Et d’autant plus il surpasse mon […]

Plus je suis tourmenté…

Plus je suis tourmenté, plus je me sens heureuxPlus je suis assailli, et plus je me renforce,Plus j’ay de poursuyvans, plus s’augmente ma force,Plus je suis au combat, plus je suis courageux. Et plus je suis vaincu, plus suis-je audacieux :Un coup d’estoc receu ne me sert que d’amorce,Et pour un coup de lance, une […]

L’esprit divin, dont l’immortelle essence

L’esprit divin, dont l’immortelle essencePremierement vint de la main des dieux,Se voyant prest de s’envoler aux CieuxPour à jamais y faire demeurance, Avant sortir, comme ayant jouissanceDe ce qu’il a desiré pour son mieux,Predit souvent le malheur envieuxEt nous en donne une ferme asseurance. Ainsy jadis l’amoureuse DidonProphetisa les flames du brandonQui alluma la gent […]

Le ris de ma Maistresse est un Printemps de roses

Le ris de ma Maistresse est un Printemps de roses,De boutons, et d’oeillets, et sa chaste beautéReprésente à mes yeux la chaleur d’un Esté,Alors que sur les champs sont les grappes descloses. Elle tiendroit en soy toutes douceurs encloses,Si un Automne, hélas ! qui est sa chasteté,Et un Yver fascheux, qui est sa cruauté,Ne faisoyent […]

L’automne suit l’Esté et la belle verdure

L’automne suit l’Esté et la belle verdureDu printemps rajeuni est ensuvant l’yver,Tousjours sur la marine on ne voit estriverLe North contre la nef errante à l’aventure, Nous ne voyons la Lune estre tousjours obscure ;Ainsi comme un croissant on la voit arriver ;Toute chose se change au gré de la nature,Et seul ce changement je […]

Délivre-moi, Seigneur, de cette mer profonde

Délivre-moi, Seigneur, de cette mer profondeOù je vogue incertain, tire-moi dans ton port :Environne mon coeur de ton rempart plus fort,Et viens me défendant des soldats de ce monde : Envoie-moi ton esprit pour y faire la ronde,Afin qu’en pleine nuit on ne me fasse tortAutrement, Seigneur Dieu, je vois, je vois la mortQui me […]

Ces beaux cheveux crêpés

Ces beaux cheveux crêpés, qu’en mille et mille sortesTu trousses bravement sur le haut de ton front,Dedans vingt ou trente ans au monde ne serontMais avec le corail de tes deux lèvres mortes : Ces deux monts cailletés, des deux fraises retordes,Ces deux bras potelés, et ces beaux doigts mourront,Seulement au cercueil les cendres demeur’rontEncloses […]

Ce n’est plus moy que veult faire d’un rien grand’chose

Ce n’est plus moy que veult faire d’un rien grand’chose ;Je ne cizelle plus sur l’immortalitéLe soudain changement d’une vaine beauté,Ornant de deshonneur les vers que je compose ; Je ne veux plus cacher par la MétamorphoseCela qui est mortel dessous la déité,Esclavant follement ma douce liberté :Pour un malheur subject ma rythme je dispose. […]

Prélude de l’Elkovan

La brise fait trembler sur les eaux diaphanesLes reflets ondoyants des palais radieux ;Le pigeon bleu se pose au balcon des sultanes ;L’air embaumé s’emplit de mille bruits joyeux ;Des groupes nonchalants errent sous les platanes ;Tout rit sur le Bosphore, et seuls les elkovansAvec des cris plaintifs rasent les flots mouvants. Ô pâles elkovans, […]

Fata Libelli

Quand le pâtre a fini son chant joyeux ou triste,Dans l’air ému souvent le son persiste,Et plane une dernière fois.Puis, bientôt le silence,Cet hymne sans voix,RecommenceAu bois. Le feu mystérieux que le caillou recèleAu choc du fer jaillit en étincelle ;Mais ce n’est qu’un rapide éclairQu’un moment voit éclore :Le jet vif et clairS’évaporeDans l’air. […]

Le papillon et les tourterelles

Un papillon, sur son retour,Racontait à deux tourterelles,Combien dans l’âge de l’amourIl avait caressé de belles :“Aussitôt aimé qu’amoureux,Disait-il, ô l’aimable chose !Lorsque, brûlant de nouveaux feux,Je voltigeais de rose en rose !Maintenant on me suit partout,Et partout aussi je m’ennuie ;Ne verrai-je jamais le boutD’une si languissante vie ?”Les tourterelles sans regretRépondirent : “Dans […]

Oraisons mauvaises

I Que tes mains soient bénies, car elles sont impures !Elles ont des péchés cachés à toutes les jointures ;Leur peau blanche s’est trempée dans l’odeur âpre des caressesSecrètes, parmi l’ombre blanche où rampent les caresses,Et l’opale prisonnière qui se meurt à ton doigt,C’est le dernier soupir de Jésus sur la croix. II Que tes […]

Les feuilles mortes

Simone, allons au bois : les feuilles sont tombées ;Elles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers. Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ? Elles ont des couleurs si douces, des tons si graves,Elles sont sur la terre de si frêles épaves ! Simone, aimes-tu le bruit des pas sur […]

Les cheveux

Simone, il y a un grand mystèreDans la forêt de tes cheveux. Tu sens le foin, tu sens la pierreOù des bêtes se sont posées ;Tu sens le cuir, tu sens le blé,Quand il vient d’être vanné ;Tu sens le bois, tu sens le painQu’on apporte le matin ;Tu sens les fleurs qui ont pousséLe […]

Le verger

Simone, allons au vergerAvec un panier d’osier.Nous dirons à nos pommiers,En entrant dans le verger :Voici la saison des pommes.Allons au verger, Simone,Allons au verger. Les pommiers sont plein de guêpes,Car les pommes sont très mûres :Il se fait un grand murmureAutour du vieux doux-aux-vêpes.Les pommiers sont pleins de pommes,Allons au verger, Simone,Allons au verger. […]

Le soir

Heure incertaine, heure charmante et triste : les rosesOnt un sourire si grave et nous disent des chosesSi tendres que nos coeurs en sont tout embaumés ;Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée,La nuit a la douceur des amours qui commencent,L’air est rempli de songes et de métamorphoses ;Couchée dans l’herbe pure des divines […]

L’aubépine

Simone, tes mains douces ont des égratignures,Ta pleures, et moi je veux rire de l’aventure. L’Aubépine défend son coeur et ses épaules,Elle a promis sa chair à des baisers plus beaux. Elle a mis son grand voile de songe et de prière,Car elle communie avec toute la terre ; Elle communie avec le soleil du […]

La forêt blonde

Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse,Mes herbes sont des cils trempés de larmes clairesEt mes liserons blancs s’ouvrent comme des paupières.Voici les bourraches bleues dont les yeux doux fleurissentPareils à des étoiles, à des désirs, à des sourires,Je suis le corps tout plein d’amour d’une amoureuse. Je suis le corps tout plein […]

Hiéroglyphes

Ô pourpiers de mon frère, pourpiers d’or, fleur d’Anhour,Mon corps en joie frissonne quand tu m’as fait l’amour,Puis je m’endors paisible au pied des tournesols.Je veux resplendir telle que les flèches de Hor :Viens, le kupi embaume les secrets de mon corps,Le hesteb teint mes ongles, mes yeux ont le kohol.Ô maître de mon coeur, […]

Figure de rêve

Séquence La très chère aux yeux clairs apparaît sous la lune,Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.La lumière bleuie par les brumes cendraitD’une poussière aérienneSon front fleuri d’étoiles, et sa légère chevelureFlottait dans l’air derrière ses pas légers :La chimère dormait au fond de ses prunelles.Sur la chair nue et frêle de son […]

Dans la terre torride…

Dans la terre torride, une plante exotiquePenchante, résignée : éclos hors de saisonDeux boutons fléchissaient, d’un air grave et mystique ;La sève n’était plus pour elle qu’un poison. Et je sentais pourtant de la fleur accabléeS’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,Mes artères battaient, ma poitrine troubléeHaletait, mon regard se voilait, j’étais sourd. Dans la chambre, […]

Agathe

Joyau trouvé parmi les pierres de la Sicile,Agathe, vierge vendue aux revendeuses d’amour,Agathe, victorieuse des colliers et des bagues,Des sept rubis magiques et des trois pierres de lune,Agathe, réjouie par le feu des fers rouges,Comme un amandier par les douces pluies d’automne,Agathe, embaumée par un jeune ange vêtu de pourpre,Agathe, pierre et fer, Agathe, or […]

Ô mal non mal qui doucement m’oppresses !

Ô mal non mal qui doucement m’oppresses !Crainte asseuree, ô joyeuse douleur !Rians souspirs, vermeillette paleur !Coeur abatu, sans aucunes destresses ! Affections qui estes les maistresses,Et qui servez à mon esprit vainqueur !Raison rangee, ô bienheureux malheurQui m’abatant tout soudain me redresses ! Ô morte vie ! ô tresvivante mort,Qui maintenant au craint-desiré port,Ma […]

Lors que la brune nuict charge sa robbe noire

Lors que la brune nuict charge sa robbe noire,Sous icelle tenant tous animaux cachez,Et que ces feux luisans au grand ciel attachez,Celebrent hautement de l’Eternel la gloire : De mon ame la nuict me vient en la memoireEt lors que bien couverts je pense mes pechez,Tes clairs yeux ne sont point à les voir empeschez […]

Invitation

Je t’attends samedi, car Alphonse Allais, carA l’ombre, à Vaux, l’on gèle. Arrive. Oh ! la campagne !Allons – bravo ! – longer la rive au lac, en pagne ;Jette à temps, ça me dit, carafons à l’écart. Laisse aussi sombrer tes déboires, et dépêche !L’attrait (puis, sens !) : une omelette au lard nous […]

Sur la route de Charenton

Enterrement étrange !Un angeEst cloué dans un cercueil.Quatre lourdes guitaresBizarresCahotant, mènent le deuil. Dans une âcre fuméeForméePar les pipes de l’amant,L’ombre de la maîtresseTraîtresseS’avance tranquillement. Plus loin, une bouteilleTrès vieille,Dont on a bu le cognac,Sur le pavé qui glisse,EsquisseUne marche ab hoc ab hac Un fantôme revêche,La dèche,Sous un chapeau défoncéOuvrant sa gueule énorme,S’informeQui des […]

Sonnet

Quand je reposerai dans la fosse, tranquille,Ayant autour de moi l’ombre éternellement ;Quand mes membres auront perdu le mouvement.Et mes orbites creux le regard qui scintille ; Cet être qui fut moi, ce pauvre rien fragile,Oublié dormira – pour jamais ossement –Et, loin du ciel voilé, silencieusement,Rien ne remuera plus sous la couche d’argile. Mais […]

Mièvre sonnet

Me vient sourire en votre doux sourire,Me vient chagrin en vos minces chagrins,Me vient désir en vos désirs sans freins,Me vient lyrisme alors qu’êtes ma lyre. Me vient délire en vos nuits de délire,Me vient douceur en vos moments sereins,Me vient musique en vos chants souverains,Me vient fureur à l’heure de votre ire. Me vient […]

La ronde du remords

Je sortais d’une orgie âcre et stupéfianteOù ma raison avait brûlé comme un sarment ;Plus lourde que le plomb, l’atmosphère ambianteFaisait craquer mes os tordus d’accablement.La fièvre secouait les cloisons de ma tempe,Et dans le cercle blanc et rouge de la lampeL’horreur des visions tournait cruellement. Des parfums féminins se mêlaient dans la chambreA l’arôme […]

Olympe leves toy, desja l’aube est levée

Olympe leves toy, desja l’aube est levée,Voy comme dans les airs elle seme le jour,Desja dans le ruisseau Diane s’est lavée,Et desja le Soleil a commencé son tour. Tout nostre bois souspire apres ton arrivée,Ses oyseaux comme moy racontent leur amour,Quelle estréme rigueur tient ton ame privéeDes plaisirs que le Ciel espand en ce sejour […]

Effroyables deserts, pleins d’ombre, et de silence

Effroyables deserts, pleins d’ombre, et de silence,Où la peur, et l’hyver, sont éternellement ;Rochers affreux, et nus, où l’on voit seulementLe tonnerre, et les vents montrer leur insolence. En quelque part des Cieux que le Soleil s’élance,Vous estes tousjours pleins d’un froid aveuglement,Et vos petits ruisseaux malgré leur elementFont monter jusqu’aux airs leur foible violence. […]

Vous implorez en vain, pauvre troupe insensée

Vous implorez en vain, pauvre troupe insensée,Un injuste secours, par un injuste effortLa pitié qui previent le moment de la mort,Quant c’est pour un amant, elle est trop avancée. Vous m’appellez cruelle, et vostre ame offencéeAccuse mes rigueurs de son funeste sort.Le Ciel en soit l’arbitre, et qu’il juge du tort,S’il vient de mes effects, […]

Une fleur passagère, une vaine peintur

Une fleur passagère, une vaine peinture,Faisaient de mes beaux jours les plus douces clartés,Et dans un labyrinthe, errant de tous côtés,Je faisais de mon sort la douteuse aventure. Sans aucun soin du temps, ni de la sépulture,La fureur m’emportait parmi les vanités,Et toujours soupirant après mille beautés,J’écoutais de l’Amour l’agréable imposture. C’est encore aujourd’hui l’état […]

Une effroyable horreur couvrait la terre et l’onde

Une effroyable horreur couvrait la terre et l’ondeEt déjà les démons menaient par l’universLes funestes oiseaux, les fantômes divers,Et des songes légers la troupe vagabonde, Quand Morphée emprunta la chevelure blonde,Les roses et les lys qui n’ont jamais d’hiver,Et mille autres appas d’un long crêpe couverts,Dont aujourd’hui Phillis étonne tout le monde, Et d’un pas […]

Quand je la vois briller sous un voile funeste

Quand je la vois briller sous un voile funeste,Comme une autre Diane, au milieu de la nuit,Quelle est mon aventure ? à quoi suis-je réduit ?Je demeure confus, sans parole, et sans geste. Vous à qui sa rigueur jamais rien ne conteste,Vous en qui ma pensée et ma flamme reluit,Allez, regards, soupirs, où l’Amour vous […]

Messagers du sommeil, allez à la mal’heure

Messagers du sommeil, allez à la mal’heure,Annoncez le desastre aux coupables humains,Et sans nous estonner de vos fantosmes vains,Rendez nostre aventure ou douteuse, ou meilleure. Apollon ne void point vostre sombre demeure,Pour vous communiquer ses Oracles certains.Quelle part avons nous à vos antres lointains ?Affligez vous Iris, afin qu’Alcide meure ! Si quelque Astre vous […]

La voix qui retentit de l’un à l’autre Pole

La voix qui retentit de l’un à l’autre Pole,La terreur et l’espoir des vivans et des morts,Qui du rien sçait tirer les esprits et les corps,Et qui fit l’Univers, d’une seule parole. La voix du Souverain, qui les cedres desole,Cependant que l’espine estale ses tresors ;Qui contre la cabane espargne ses efforts,Et reduit à neant […]

Je vogue sur la mer, où mon âme craintive

Je vogue sur la mer, où mon âme craintive,Aux jours les plus sereins, voit les vents se lever.Pour vaincre leurs efforts, j’ai beau les observer,Ma force, ou ma prudence, est ou faible, ou tardive. Je me laisse emporter à l’onde fugitive,Parmi tous les dangers qui peuvent arriver,Où tant d’hommes divers se vont perdre, ou sauver,Et […]

Durant la belle nuit, dont mon ame ravie

Durant la belle nuit, dont mon ame raviePreferoit les clartez à celles d’un beau jour,J’escoutois murmurer, au milieu de la Cour,Mille voix de loüange, et mille autres d’envie. Je ne sçay quelles morts plus douces que la vie,Faisoient sentir aux coeurs les charmes de l’Amour ;Et de mille beautez qui brilloient à l’entour,L’un tenoit pour […]

Cette source de mort, cette homicide peste

Cette source de mort, cette homicide peste,Ce péché, dont l’enfer a le monde infecté,M’a laissé, pour tout être, un bruit d’avoir été,Et je suis de moi-même une image funeste. L’auteur de l’univers, le monarque céleste,S’était rendu visible en ma seule beautéCe vieux titre d’honneur qu’autrefois j’ai porté,Et que je porte encore, est tout ce qui […]

Ce qui doit m’étonner excite mon courage

Ce qui doit m’étonner excite mon courage,Et ma témérité me conduit au cercueil ;Je sers une beauté plus dure qu’un écueil,Et l’amour se conserve où l’espoir fait naufrage. Aveugle passion, fureur, manie et rage,Vous faites que j’adore un insensible orgueil.Le plus cruel abord est comme un doux accueil,Et j’appelle un mépris un agréable outrage. J’ai […]

Carite pour jamais a quitté ces fontaines

Carite pour jamais a quitté ces fontaines,Où ses yeux faisaient voir deux soleils dans les eaux.Voilà bien le rivage, où parmi les roseaux,Les zéphirs, pour l’ouïr, retenaient leurs haleines. Voilà bien les forêts, dont les cimes hautainesSemblaient porter sa gloire aux célestes flambeaux.Mais ces lieux autrefois si plaisants et si beauxN’ont plus de ses beautés […]

Carite l’autre jour si pompeuse et si belle

Carite l’autre jour si pompeuse et si belle,De la terre, et du Ciel montroit tous les tresors ;Quand je me laissay vaincre aux amoureux transports,Qui m’en firent pretendre une faveur nouvelle. Mais j’en fus repoussé d’une main si cruelle,Et d’un si rude coup je sentis les efforts,Que mon ombre craintive erra parmy les morts,Preste à […]

Allons parmy les fleurs cueillir une guirlande

Allons parmy les fleurs cueillir une guirlande,Afin d’en couronner la Reine des Beautez ;Sois Venus, soit Phillis, à qui les RoyautezVont indifferemment presenter leur offrande. Les Graces, et l’Amour, seront de nostre bande ;Les jeux, et les plaisirs suivront de tous costez :La saison nous appelle à mille nouveautez ;Et la rosée est cheute, et […]

La puissance de l’amour

L’âge d’or précieuxDélaissant la terre ronde,Saturne, chassé des cieux,Laissa l’empire du monde. Et lors ses trois fils, pervers,Avançant leur héritage,Départirent l’universChacun selon son partage. Jupiter eut par hasardLe ciel tournoyant la terre,Et fortifia sa partDes foudres et du tonnerre. Neptune fut présidentDes mers pleines de naufrages,Et s’arma d’un fort tridentDe tempêtes et d’orages. A Pluton, […]

Chanson 3

Adieu, ville, vous command ;Il n’est plaisir que des champs.L’autre hier, trouvai Sylvette,Son petit troupeau gardant :Quand je la trouvai seulette,S’amour allai demandant.Adieu, ville, vous command ;Il n’est plaisir que des champs. “A quoi pensez-vous, bergereEn cette fleur de quinze ans?La beauté passe légere,Comme la rose au printemps.“Adieu, ville, vous command ;Il n’est plaisir que […]

Chanson 2

O combien est heureuxCelui qui se contenteDes biens si plantureuxQue nature présente !Autres biens que ceux-ciSont meslés de souci. J’ai toute suffisanceQue la vie requiert:Qui abonde en chevancePour autrui en acquiert.Trésors En vain sont amassés. Qui se fonde en l’honneur,A Fortune se joue,Qui, du haut de bonheur,Jette au bas de sa roue ;La foudre va […]

Chanson 1

La jeune fille est semblable à la rose,Au beau jardin, sur l’épine naïve,Tandis que sûre et seulette repose,Sans que troupeau ni berger y arrive.L’air doux l’échauffe et l’aurore l’arrose ;La terre, l’eau par sa faveur l’avive.Mais jeunes gens et dames amoureusesDe la cueillir ont les mains envieuses.La terre et l’air qui la soulaient nourrir,La quittent […]

Sur les miracles arrivés à la mort de Notre Seigneur

Lorsque dessus la croix un Dieu ferme les yeux,Je ne m’étonne pas que le grand oeil du monde,Qui tient de ses bontés sa lumière féconde,Couvre d’un noir manteau ses rayons précieux. Que les spectres des morts paraissent dans ces lieuxEt de leurs froids tombeaux quittent la nuit profonde,Dans les plaines de l’air que le tonnerre […]

Sur les longues veilles

L’astre qui fait le jour dort dans le sein des eaux,Un silence profond règne en toutes les plaines,Et les zéphyres seuls par de faibles haleinesD’un petit tremblement agitent les rameaux. On n’oit plus dans les bois les concerts des oiseaux,Et l’aimable enchanteur des soucis et des peines,Le sommeil, au doux bruit des paisibles fontaines,Charme de […]

Sur la résurrection de notre Seigneur

Quand le Phénix se brûle au céleste flambeauSur un lit précieux d’encens et de cannelle,Il reprend dans sa cendre une force nouvelleEt pour lui le cercueil se change en un berceau. Ainsi le Rédempteur laissant dans le tombeauDe son corps immolé sa dépouille mortelleEn sort étincelant d’une gloire éternelle,Et le ciel étonné n’a rien vu […]

Sur la conversion de Saint Paul

Grâce, qui du grand Paul domptes l’esprit rebelle,Que ce coup est fameux ! que ce triomphe est beau !Et lui, d’un loup cruel, tu fais un doux agneau,Et d’un fier adversaire un apôtre fidèle. La croix lui fit horreur, la croix lui semble belle,L’ennemi de l’Église est son époux nouveau,Il en fut la terreur, il […]

Voyez au vif le portrait d’un amant

Voyez au vif le portrait d’un amant :Je pleure et ris, je loue et vitupère,Un même objet m’est funèbre et prospère,Je perds courage et je vais m’animant. Mon coeur, mes yeux s’en vont partout semantEt feux, et flots ; mon âme est le repaireD’espoir et peur ; jamais je ne tempèreMon froid, mon chaud, qui […]

Vous qui voulez savoir que c’est que de l’amour

Vous qui voulez savoir que c’est que de l’amour,Je le vous vais ici tout maintenant décrire.C’est un vrai doux amer, c’est un triste sourire ;C’est l’aigle du Caucase et le bourreau vautour. C’est sans cesse espérer et craindre tour à tour ;C’est plaindre son malheur et se plaire au martyre ;C’est sans cesse louer, c’est […]

Voici le jour, voici l’heure venue

Voici le jour, voici l’heure venueQue tu promis me donner un baiser.Çà je le veux, me veux-tu refuserCe qui est mien par raison trop connue ? Dea qu’est ceci ? hé quelle épaisse nueSille tes yeux et se vient opposerA ta raison, l’empêchant d’aviserQue ce qu’on dit doit être de tenue ? Me le baillant, […]

Un peu devant que l’aube amenât la journée

Un peu devant que l’aube amenât la journée,Naguère je songeais dans un lit en dormantQu’un vilain me suivait, mais courant vitementQue j’avais devant lui bonne place gagnée. Ainsi courant j’avise une colombe ornéeD’un plumage neigeux, que bien habilementJ’empoigne de ma main, et puis soudainementLors ma course et ma peur se trouve là bornée. M’éveillant en […]